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Aulnoye-Aymeries le 12 octobre 2002

Il est 21h00, une foule se presse aux portes de la salle Léo Ferré qui surgit au milieu d’un ensemble de bicoques et clapiers HLM avec des voitures sagement garées sans danger d’être brûlées. Plutôt gentillet et calme comme cité et en dehors d’un énorme spot éclairant le ciel au cas où des boeings mal intentionnés pointeraient le bout de leur nez, rien n’indique qu’à cet endroit, des déferlantes de décibels viendront troubler la nuit.

C’est le 7ème festival organisé par l’assos Rock en Ville avec comme partenaire principal la Mairie d’Aulnoyes-Aymeries  qui soutient activement les musiques amplifiées, ce qui n’est pas toujours le cas dans notre belle France d’en Bas (cf ce maire excité dans le grand sud qui fit front de son torse comme en 14 pour repousser des hordes barbares électriques osant critiquer notre président bien aimé *). Mais c’est du Rock d’en Haut qui était à l’affiche avec le régional à tendance nationale CARVING et les « vedettes », les black/death métal de SUP et les X-SYNDICATE, sorte de cohorte rock à majorité féminine faisant dans un métal punk bien vigoureux.

C’est CARVING, les skateurs punks reggae-isants, qui est chargé d’attaquer le premier un public bigarré fait d’indigènes, de métalleux et hard rockeux, de goths, de quelques punks et de curieux parfois plus porté sur la bière à 1€50, seule drogue autorisée, que sur les démons qui gigotaient sur scène. Leur prestation sans faute alliait un punk de bon aloi à des ambiances parfois reggae sur lesquelles bon nombre pogotait dans l’allégresse. Très vite, on en prit plein les yeux et plein les oreilles. Au bout d’une heure, la pause était attendue avec impatience pour tenter de reprendre quelque énergie. Et non ! Une seconde scène s’anima dès les derniers accords de CARVING avec un trio (local ?) sans peur mais avec beaucoup de reproches, n’hésitant pas à massacrer les classiques de notre grande Variété Française et à tenir des propos allant à l’encontre même des discours de notre cher SarKo pour le plus grand plaisir des éléments subversifs présents dans la salle, soit à peu près tout le monde. A ces keupons ! Plus aucun respect !
 

Carving
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Dans les forges de S.U.P.

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La suite ne fut pas plus calme car SUP nous plongea directement non pas dans une bière (quoique pour certains…) mais dans l’antre de Hephaistos (Vulcain, c’est déjà pris) au milieu de ses forges fumantes que Dante n’aurait pas reniées comme décor pour son best-seller. Les rouge, blanc, vert, jaune et bleu ou plutôt les rouge, orange, jaune, vert, bleu et violet, couleurs de l’arc en ciel, permettaient à un public statufié de s’échapper visuellement de ces usines. Dans ce monde souterrain, la brutalité et les vociférations de cyclopes forgeurs abrutissaient un auditoire qui peu à peu commençait à secouer la tête (au moins pour ceux qui avait la tignasse assez longue) en signe d’acceptation ou de soumission. Hephaistos est un dieu, SUP, son âme damnée, gare à ceux qui l’avaient oublié ! Après ces martèlements d’enclumes en multiphonie surround auxquels se mêlaient des voix caverneuses et la vision de silhouettes noires, sortes de Dark Eldar (WarHammer 40000 ©) sortis de nulle part, souvent cassées en deux par le poids de l’écrasante tâche (et des cheveux), ce fut un soulagement de voir que l’on était toujours vivant et entier même si les oreilles avaient un peu souffert d’avoir été aussi sollicitées. 

Retour à la case départ avec nos keupons locaux en guise d’interlude, leurs bonnes guitares criantes et la batterie battue sans ménagement. Au bout de quelques délires, le chanteur cherche des yeux « les gonzesses » d’X-SYNDICATE, son répertoire (ou lui) étant visiblement épuisé. Pas de problème, elles étaient là, prêtes à l’offensive, préparant leur matos tout en jetant des coups d’œil aux olibrius de la scène d’en face.

L’attaque fut soudaine, imparable. Comparées fort justement aux superbes Minetos Desperados de Cromwell/Ruffner (éd. Glénat) dans un article sur leur dernier album**, elle pourraient pour se mettre au goût de 2002, se transformer aisément en Guérilleros du futur juste en troquant les grattes par des kalach, le micro par des grenades et Combat Rock comme devise. Mercenaires du Rock and Roll aux douces formes courbes, fer de lance d’une certaine contestation musicale refusant la culture facile, institutionnelle et aseptisée, nos X-SYNDICATE sont au punk-métal ce que les GIRLSCHOOL sont au hard. En les voyant, impossible de ne pas penser à nos chères anglaises. D’ailleurs, ces deux groupes de femmes éclatantes ont foulé les planches avec MOTORHEAD. On sent l’esthète chez Lemmy !

Musicalement, c’est carré malgré les belles courbes du trio du premier plan. Deux guitares, une chanteuse, (plus un batteur (Alex) et un bassiste (X) de sexe masculin au fond) fondent de courts morceaux rageurs où sex, drugs and R&R font bon ménage ; ils s’affranchissent très largement du 3 mn/3 accords réducteur. Le duo masculin remplit parfaitement sa mission, à savoir, déverser un tapis de bombes offrant ainsi à nos Che Guevara féminines de larges boulevards où se coursent des bolides aux couleurs de BLACK SABBATH ou des STOOGES. D’ailleurs, la chanteuse, Pascale, a tout d’un IGGY féminin, voix apprivoisée ou gutturale, mimiques et postures, le seul regret fut que le mimétisme ne fut pas total : jamais elle ne déchira son tee shirt ! Les refrains ravageurs sont soutenus à bout de manche par des riffs collant au oreilles comme un Hollywood usagé (ça c’est pour faire punk) et surtout, imprègnent nos cases mémoires de mélodies binaires imparables, « Come on boys and giirls/Havin fun/Beer and drugs »…. 

A la guitare solo, Livia, donne avec ses envolées la touche féminine à cette tempête musicale à fort taux de testostérones. Tout en finesse, ses arpèges viennent harmoniser et humaniser les roulements fous de la voix et de la basse/batterie tandis que la rythmique, Christine, et j’ai un faible pour cette Christine brune envoûtante, conduisait tout ce monde à un train d’enfer noircissant l’asphalte de gomme (logique pour Christine) malgré son air presque angélique. Arrgh, je n’en pouvais plus surtout qu’au rappel elle s’empara vigoureusement du manche de son Epiphone au look seventies pour nous achever à coup de riffs que Tony Iommi n’aurait pas reniés…

X Syndicate

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Et c’est avec un tee shirt et un CD*** sous le bras, des images plein les yeux, du son débordant des oreilles que comme un Kerouac en moins alcoolisé, je repris la route. Et avec les riffs entêtants de Welcome to the Party, pas de problème de tenue de route, ça accroche ! Qui sait ? Je les recroiserai peut-être dans ma quête d’énergie sur la highway du rock… J’espère ! Je veux être invité à la Party !

Frédéric Loridant
Octobre 2002

* N’est ce pas monsieur Jean-Sébastien Vialatte, député maire de Six-Fours (Var) qui s’est permis d’agresser sur scène le chanteur de Mas Hystéria.
** Axé@Libre, http://www.axelibre.org/musiques.php?var=x_syndicate , chronique du CD Up your Kilt par Greg Carmen
*** : Up your  Kilt – Wagram – Biyou Music– X Syndicate ©2001 : 37mm de coït ininterrompu avec du Rock and Roll pur jus

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