KABU KI BUDDAH

BANANAS at the AUDIENCE


Pizzasoleil-Le Visiteur
Lille, le 20 février 2004




Le froid est tombé sur Lille, dur de ressortir dans l'air glacial pour gagner la Pizzasoleil sans vraiment savoir à quelle sauce ils vont nous passer au four. BANANAS at the AUDIENCE et KABU KI BUDDAH ne me disaient strictement rien ; le fly non plus d'ailleurs en dehors de l'avertissement :
| | | | ATTENTION | | | | Ce concert a bien lieu à Lille, en 2004, mais ce n'est PAS un événement Lille 2004.....
Cette mise en garde était accompagnée du petit bonhomme fashion Lille 2004 mais chaussé de godillots à semelles renforcées !

Du monde se presse à la porte de l'unique toilette, j'y suis occuper à vider une vessie rétractée par le froid ! Ce sont les KABU KI BUDDAH qui recherchent un peu d'intimité à trois pour revêtir leur tenue de scène. Une dizaine de minutes plus tard et une queue formée devant la porte (comme quoi le froid fait des ravages sur les vessies), une équipe de sportif, type "sportifs de club du dimanche en compétition, pas de footballeux, plutôt tendance athlétisme" au beau survet bleu/orange pour les garçon, orange bleu pour la fille en sort et s'apprête à gravir la scène du VISITEUR, cette salle mythique greffée au cul d'une pizza ! Et voilà, les KABU KI BUDDAH sont prêts avec en plus comme signe distinctif personnel, l'écusson des L5 cousu à même le survet !

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KABU KI BUDDAH est un trio mélangiste. Non pas qu'ils fassent dans un sexuel débridé mais qu'ils, au moins pour deux d'entre eux, s'échangent la batterie. Pas de guitare et ils s'en vantent dans le fly " No guitar, Trio Hero ". Sur scène, un clavier, une basse, un trombone à la Gaston, une batterie, une basse et un violoncelle occupent très largement l'espace de la scène et font beaucoup d'instruments pour trois personnes même s'ils sont sportifs ! Et bien, foi de Photorock, tous ces instruments, ils ne paradent pas, ils servent et les six mains et six pieds les malaxent dans tous les sens comme le feraient un troupeau de masseurs fous sur le tour de France. KABU KI BUDDAH appartient à cette famille de musiciens qui vont au delà du rock, au delà du jazz, au delà du punk pour nous servir une sorte de fusion déstructurée, éclatée où tout se mélange sans jamais tomber dans la faute de goût ou le plagiat facile et non créatif. On entre dans leur monde, on vit leur changement d'instrument, on s'entrechoque, on break aussi vite que l'on pense ou on se casse. Le public curieux, las des déjà entendu qui n'arrêtent pas de se reproduire entre eux, ouvrait des yeux de chouette et dirigeait les pavillons auditifs vers les sources pour capter un maximum de ce renouveau sonique.

Les KABU KI BUDDAH appartiennent sans nul doute à ces aventuriers de la musique comme les tchèques d'UZ JSME DOMA qui se promènent entre le folklore et le punk ou Le SINGE BLANC qui se complaisent dans une sorte de hardcore déjanté qui fait appel à de multiples sources musicales, les brassant sans relâche pour nous interpeller sans cesse. Les KABU KI BUDDAH complètent admirablement cette série, on serait tenté de qualifier leur démarche comme une exploration d'un cadre jazz punk (ah la belle loi du cadre*) qui n'existe peut-être que dans leurs délires dans lesquels ils nous invitent sans retenue.

La suite fut cinématographique, les Césars s'approchaient et la Pizzasoleil le temps de quelques courts métrages, se transforma en salle de projection avec un écran éphémère où en 24 images secondes s'imprimèrent dans mes souvenirs pixellisés, un judoka sautillant avant qu'un piano se mette en branle seul sous le regard hagard des zombies que nous étions devenus après les météores KABU KI BUDDAH...

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La suite fut aussi lyonnaise que KABU KI BUDDAH. En effet, BANANAS at the AUDIENCE traînent aussi dans la presqu'île à moins qu'ils n'hantent St Jean fouinant chez Boul'Dingue ou encore les caves creusées dans les pentes de quelques monts (et dieu sait s'il y en a dans le coin). Les BANANAS at the AUDIENCE ont tout d'une formation rock classique : basse, batterie, guitare, guitare bis et chanteur qui je ne sais pas pourquoi me rappelle les spectres lumineux dans Doom ! La surprise fut grande quand ils attaquèrent. Une musique douce, floydienne période More ou La Vallée envahit le Visiteur et elle en surprit plus d'un. Ce qui restait de matière grise devait chauffer pour arriver à comprendre ce qu'il se passait. Cette intro floydienne n'était juste qu'une tromperie, un doux zéphir avant le mistral. La suite fut d'abord plus rock, intéressante... Puis franchement punk dans la tendance dure, pas le noisy estudiantin que l'on entend parfois, mais du vrai punk, agressif, énergique, cette musique savante qui va au delà les beuglements des groupes clichés, pour arriver à des compos qui tiennent la route sans déraper dans le brouillon peu audible. Et les musicos sont inépuisables, le chanteur dont la tête (pas la crête) touchait presque le plafond, s'autorisait même des sauts sous les mimiques tordues du bassiste. BANANAS at the AUDIENCE se rapprochent musicalement et dans la voix surtout, de groupes comme AMIANTE, ce riche combo lillois. C'est un punk rock sans confiture ni fioritures, sans accent ska dont trop souvent les formations saucent leur morceaux. Les BANANAS at the AUDIENCE délivrent ses décibels sans tomber dans la saturations et les effets qui cachent trop souvent l'inexpérience des musiciens. N'est pas keupon qui veut ! Et les BANANAS at the AUDIENCE n'ont pas à prouver qu'ils font partie de cette Internationale underground qui, à mon grand plaisir, essaime partout et même dans la bonne ville bien pensante de Lyon. Mais que font ses bourgeois ?

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Minuit sonne, la patronne de la pizza vient sonner la fin. BANANAS at the AUDIENCE sur un ultime riff relayé par la voix laissent la place à la lumière blafarde qui accentue encore nos poches sous les yeux...

* : " Le KABOU KI, c'est un cadre et nous cherchons à nous exprimer à l'intérieur du cadre ", Kabou Ki Buddah, Life is a Movie. Ah la loi du cadre, les sculpteurs romans s'y pliaient déjà avec bonheur dans le tympan des églises, les photographes aussi....

Frédéric Loridant
février 2004

Frédéric Loridant ©2004