Photorock
Musiques dans un cratère :
CRISIS et MELDI


Braderie de Lille, 7 septembre 2003

La braderie de Lille est un lieu que j'ai plutôt tendance à fuir, la concentration humaine, les odeurs et le bruit n'appartenant pas à mon monde sauf bien entendu s'il y a une scène, des amplis et des musiques intéressantes en jaillissant. Et voilà ce qui m'a attiré vers le cratère, vaste entonnoir à gradins faisant fasse à la préfecture où Sarko a planté récemment plein de CRS qui ont pris solidement racine même sans engrais. Il y a mieux comme fleur.

Le programme du cratère était chargé. Durant les journées de samedi et dimanche organisées par le magasin de zique MILONGA (pour une fois qu'il y une grande surface présentant de l'intérét), il a vomi un paquet de décibels aux origines diverses, allant de KINO and Co aux néo métalleux de CRISIS en passant par la pop raï de MELDI. Et justement c'est ces derniers groupes que j'ai été voir, KINO étant dans ce texte une figure de style, mais son CD « Le plus heureux des hommes » étant tellement beau... que forcément j'enrage de l'avoir raté.*

* mais, comme il n'a pas joué.... remplaéons j'enrage par j'aurais enragé



Dix heures du mat, le dimanche. Ce n'est pas chrétien de commencer si tôt ! Et pourtant, les CRISIS étaient là, trônant face à des gradins peu attirant car jonchés de déchets divers allant de la canette en verre à la canette en métal. Le public, timide, les uns sortant de la messe (bien que j'en doute), les autres du lit, a répondu présent et les hauteurs s'emplissait petit à petit.

CRISIS n'a pas eu de chance ; le son était pourri. Sans doute, l'ingénieur du son avait pris une murge la veille ou avait oublié d'enlever ses bouchons d'oreilles protection optimale, mais quoiqu'il fit, le son est resté pourri. Et encore, sur les hauteurs du cratère, cela restait écoutable, mais sur scène, c'était le désastre et seules les hautes fréquences passaient ! Dommage, car CRISIS sans être un moteur de ce nouveau néo-métal tendance fusion, est fort sympathique et se laisse écouter sans peine. Les mélodies accrocheuses jouent avec des riffs et des rythmes empruntés parfois au bon vieux hard rock, celui d'avant la généralisation du terme « Métal » ou encore avec des déclinaisons rap soutenues par des scratches hip hop. A défaut d'un souvenir musical, Photorock en conserve des images. A qui veut les mettre en musique.


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Douze heures plus tard, me voilà de retour. La braderie se meurt, elle est carrément morte à certains endroits. Les fleurs bleues sont toujours là et paradent en vainqueur pour le grand plaisir du contribuable qui voit à quoi servent ses impôts.

Les MELDI attaquent avec beaucoup de retard et ce n'est pas avant 11heures qu'ils montent dans le cratère (au lieu d'y descendre comme la logique le veut). MELDI apparaît être avant tout une sorte de collectif mêlant un tas de sensibilités différentes mais unis par le même plaisir à jouer de la musique tendance magreb au sens large. Sur la scène du cratère, ils n'étaient que sept. La formation amputée de ses choristes entre autres est apparue tout à fait cohérente avec un violoniste talentueux, un ensemble rythmique n'enviant rien aux formations plus conventionnelles au moins sur le plan musical, un clavier toujours présent et une guitare qui quand elle se fait entendre, donne un plus à une musique ne cachant pas ses origines. Avec en prime, une pop à l'européenne bien présente même si les percus et certains sons donnent une touche très « world ». Le côté oriental est encore accentué par le chanteur qui sait communiquer son plaisir d'être là et transmettre toute la chaleur des magnifiques pays bordant la Méditerranée. Avec MELDI, on voyage entre sud et nord, d'un côté à l'autre de la Grande Bleue, on se retrouve dans les ambiances colorées de Wazennes ou des abords de la Canebière à Marseille sans se sentir décalé.

Minuit arrive, MELDI ne joue même pas depuis une heure quand les plantes bleues gagnent le cratère : il faut tout arrêter, le préfet dors. Nous devons aussi aller au lit.

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Frédéric Loridant
septembre 2003
fred@photorock.com