SARAZVATI - CALIFONE

Lille, La MALTERIE
le 23 mars 2004


Le temps passe, les impressions numériques des concerts de SARAZVATI et CALIFONE captées mardi à la Malterie, m'attendent sur mon PC ; je traîne, je tourne autour n'osant pas les regarder une nouvelle fois de peur d'être déçu ! Sans doute, j'avais une appréhension de retourner dans les ambiances intimistes de CALIFONE et ses clairs-obscurs si difficiles à saisir ou les atmosphères de SARAZVATI qui me laissent perplexes... Bref, j'étais revenu chez moi sans avis bien tranché sur cette soirée et avec la désagréable impression d'être obligé de décoloriser les images pour en faire des noir et blanc afin d'en sauver quelques unes ! Des images à l'image de mon malaise ! Quelle belle communion entre une machine avec un bouton à presser et celui qui le presse. Le temps passe, il est temps de s'y mettre. Que va me réserver SARAZVATI et CALIFONE, 5 jours après ?

SARAZVATI est une formation lilloise mêlant guitares/batterie avec Roland et platine. Le résultat est difficile à cerner tant le spectre musical développé par SARAZVATI est large. Ce n'est pas pop, pas rock, pas électro, pas dub mais un peu tout à la fois. Pas de souci, les musiciens savent se servir d'un instrument, les morceaux coulent agréablement dans les oreilles sans les heurter et se laissent vivre sans peine. Néanmoins, j'ai eu l'impression qu'il manquait un peu de sel, un riff qui tue ou plus simplement, de l'énergie. Non pas que celle ci soit absente mais j'ai eu de la peine à la savourer, à me l'approprier. En dehors de cette soif non étanchée, les SARAZVATI tiennent parfaitement leur set, l'accompagnant de panneaux explicatifs, les membres du groupe s'identifiant à une troupe de saltimbanques venus sans doute porter la bonne parole des pays de l'Est si j'en juge l'accent pris ! Il ne faut quand même pas oublier que SARAZVATI ne vient pas de l'Est, mais des Indes, la belle SARAZVATI est la déesse de la connaissance, de la musique et des arts, nos (beaux) Apollon vont devoir aller encore plus profond dans les méandres de leur créativité pour pouvoir la séduire, mais rassurons nous, ils ne sont pas loin.

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Les pancartes sont rangées, la scène s'orne d'un vaste clavier au premier plan et d'une batterie et d'un ensemble de percussions au fond. Entre les deux, il restait un peu de place pour une guitare. Les lumières s'éteignent pour se rallumer à peine obligeant le 1600 asa car je ne sentais pas le flash face aux ricains de Chicago, les CALIFONE. Les States chutent t-ils dans la nostalgie ? Politiquement sans doute, certains rêvent à devenir maîtres de monde, s'embourbent dans un conflit qui a un arrière goût du nems et cela fait un paquet de groupes que je vois qui se replongent sans limite dans les expériences musicales passées avec plus ou moins de bonheur.... (voir photorock...) CALIFONE semble suivre les mêmes voies.

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Le groupe nous promène habilement dans les paysages du continent américain aux temps post hippies de la pop à la FLEETWOOD MAC dans sa version californienne, à la fois légère et agréable, tout en lui donnant un soupçon, un nuage de parfum à l'européenne. Et ceux qui y ont vu des rythmes hypnotiques/industriels à la CAN ne s'y sont pas trompés, certains titres se terminaient avec bonheur dans des ambiances hallucinées dignes de géants allemands ou même des early's FLOYD. Ce n'est pas nouveau, mais ces délires aux limites de la sortie de route, donnent un éclairage nouveau aux fredaines ricaines et on se surprend à les attendre avec impatience. Bref, je suis mitigé, énervé par cette fausse découverte de ce qui est devenu avec l'âge, le folk(lore) pop américain (il leur faut bien une histoire) mais à l'inverse, quel plaisir quand ces américains bien tranquilles sont gagnés par la fureur de vivre ! Deux mondes se juxtaposent ; les CALIFONE ne tranchent pas, ils passent de l'un à l'autre et une fois l'effet de surprise passé, on opte forcément pour un des deux. Certains se sont plus dans le rêve américain, d'autres dans les fracas d'une liberté sonique sans limite. Difficile de se plaire dans les deux à la fois, ce serait fusionner l'eau et le feu, dieu et la raison ou le conservatisme avec la liberté !

Frédéric Loridant
mars 2004

Frédéric Loridant ©2004