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UNSCARRED

Zaccharia Web Site

Judoboy Web Site

au

Centre Culturel Libertaire,
Lille le 01 novembre 2002

Quelle belle invention la cave ! Endroit sombre par excellence, lieu alternatif ou underground si un tant soit peu, on les détourne de leur fonction primitive. La cave attire, la cave fait peur, la cave est une surprise pour celui qui ne s’y attend pas. Celle du Centre Culturel Libertaire, rue Colmar à Lille ne déroge pas à cette évolution des caves. Au niveau zéro, rien n’indique que dans le sous sol se passent des choses peu communes. Le quartier, les kebabs, l’église en face avec son école et son presbytère donnent à l’endroit un caractère presque familial où l’on se souci peu des jeunes aux sweat-shirts à slogan, buvant et fumant sur le trottoir face à une porte peu large donnant accès après une obole de 5€ (ce soir), à l’Escalier, celui qui mène à la cave.


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Grande comme une cave, elle a l’avantage par rapport à d’autres de posséder dans un coin une scène supportant des Marschalls de 100w et autres Trace Elliot. L’éclairage, couleur cuisine, se limite à quelques ampoules et un bar se tapit dans un coin. Ce soir, trois groupes de hardcore se tenaient près à fouler la scène, à la caresser mais aussi à l’agresser. Et diable, elle s’est défendue envoyant plus d’un musicos à terre, dans la fosse au pogoteurs.

Du hardcore, mais pas m’importe lequel, du hardcore chaotique ! Voilà ce que proposait à défaut d’autre chose, UNSCARRED – ZACCHARIA et JUDOBOY, groupuscules bruitistes venant respectivement de Noeux-les-Mines, Bruxelles et Amiens. On frise l’International ! L’Europe, c’est sûr.







Définir leur musique relève de l’exploit. Peu de chose les différencie si ce n’est la technique (je ne dirai pas lequel m’ait apparu le plus virtuose). Ils font tous dans le saturé avec le bouton de volume à fond. Normal que les chanteurs doivent hurler dans leur micro des choses incompréhensibles pour tenter de surfer sur le tsunami de décibels craché par la batterie et les amplis. Néanmoins, ce n’est pas le chaos total, le nom est un peu usurpé. Des riffs traversent souvent la salle, la basse sonne parfois quelques accord (quand elle ne se débranche pas comme avec ZACCHARIA) et la batterie est sans aucun doute la reine de la scène, la Karajan de ces concertos en décibels majeurs. Dans les trois groupes, c’est elle qui conduisait les morceaux jusqu’à leur explosion, les guitareux et les chanteurs s’employant et s’ingéniant à trouver les moyens pour tenir la distance le plus justement possible en pogotant le plus rapidement possible d’où les grands renforts de scotch aux attaches des grattes car les chutes sont nombreuses !





Vous l’avez deviné, ils ne font pas dans la dentelle et la délicatesse n’est pas leur fort. Par contre, bruts de fonderie, ils le sont. Purs aussi et ce n’est pas le sample qui ouvre les morceaux de JUDOBOY qui va les corrompre ou les pervertir. Moralité de cette soirée : ce n’est plus du punk (de toute façon, n’est-il pas mort ?), c’est du Rock – ultra-violent, agressif ou déconstructif certes – mais du Rock joué par des musicos à l’âme de rockeur. L’Energie est là et se transmet ; c’est le principal et ce ne sont pas la cinquantaine (ou plus ?) de cinglés présents qui vous contrediront. D’ailleurs, dès les premières notes, UNSCARRED provoqua un pogo qui ne s’arrêta (sauf pause repos régénératrice/bière) qu’à l’extinction des amplis. Se balader en compagnies de boules Quiès dans cette centrale décibélique à haut rendement avec un 24x36 relève d’un plaisir peut-être un peu masochiste mais les images sont là ! De l’Energie en suinte encore !

Frédéric Loridant
Novembre 2002
fred@photorock.com
Frédéric Loridant ©2002