LOURDS 5 - Les CORONS PUENT - CHARGE 69


Lille, PizzaSoleil/ Le Visiteur, le 13 mars 2004


Voilà deux semaines qu'est sorti le Presto spécial Punk avec son CD riches en skeuds plus percutants les uns que les autres et dans la liste figure Patchwork, un tube du groupe messin CHARGE 69 ! Et hasard du calendrier (?), que vois je imprimé sur des flyers jaunes ? : CHARGE 69, LOURDS 5 et Les CORONS PUENT au Resto Soleil (comprendre PizzaSoleil/le Visiteur) le samedi 13 mars ! Coïncidence ? Revival punk dans la capitale de la culture européenne ? Ou plutôt retour à des temps difficiles propices aux explosions musicales énergiques ? Quoique l'Histoire en dira, cette multiplication des concerts de la scène alternative souligne un avide besoin d'énergie purificatrice pour de plus en plus de gens qui semble y trouver leur compte.

Après une promenade photographique avec CHARGE 69 dans la rue voisine, les LOURDS 5 s'entassent sur scène. Les LOURDS 5 qui ne sont que 4, sont une copie conforme des L5. Aussi beaux que leur compères parisiens, les cheveux en moins, aussi bons en danse que les ballerines pseudo mâles préfabriquées, LOURDS 5 tout comme L5 enchaînent les tubes sous les cris des keupons rasés ou crêtés sautillant en front de scène. La seule différence tient à la légèreté de leur musique. Autant les L5 font dans l'harmonie light facile, autant les LOURDS 5 méritent bien leur nom. Les compos se rapprochent plus des doux barrissements d'un éléphant pogotant dans un magasin de porcelaine que les hits du top 50 ou 10 qui accueillaient les L5 ou Légers 5. Le fly nous en apprend plus : les LOURDS 5 font dans le street punk, sorte de mélange savant entre les ronronnements de diesel poussé à fond de cinq, les cris aigus des vieilles qui tentent de traverser et les sifflets des keufs courant après un marchand d'herbe qui rend nigaud ! La sveltesse, le 0% de matière grasse, les LOURDS 5 s'en balancent mais surtout ne se méprenons pas, ce n'est pas du gros rouge qui tâche, pas un truc qui file des crampes d'estomac, mais des missiles bien costauds, agiles comme un singe, faisant mouche sans problème. C'est animal, c'est brutal, c'est breton mais le groupe suivant, Les CORONS PUENT, des potes aux LOURDS 5 d'ailleurs, font la preuve que "c'est animal, c'est brutal" n'implique pas forcément "c'est Breton".

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La charge des LOURDS 5 se stoppe brutalement. Place à leur congénères locaux, le pendant artésien des brutes bretonnes, Les CORONS PUENT ; ils piaffent d'impatience ! Les chanteurs sont rasés, adeptes du haircut qui s'affichait sur certains tee-shirt (au fait savent-ils ce qu'était les HAIRCUT dans les années 80 ?) et la scène est passablement encombrée. Soupçon de douceur dans cette assemblée de brutes, une batteuse n'a rien à envier aux mâles qui beuglaient comme des malades. Devant cette croqueuse de toms, un excellent sax qui quand il ne jouait pas, participait activement à l'explosion générale. Tellement générale d'ailleurs que très rapidement, public et Les CORONS PUENT ne faisaient plus qu'un sur scène, certains crêtés ayant sans doute des talents de vociférateurs, s'étaient emparés d'un micro. Communion totale entre les musiciens et les spectateurs dans un punk lourd et brutal sur fond de chansons revendicatrices dépassant le A Bas Le Pen naïf des groupes dits politiquement engagés, parlant de la vraie misère, celle qui salit l'Homme. Les CORONS PUENT collent à leur nom avec panache comme un chewing gum à ma pompe gauche et prouvent que d'autres belles provinces françaises sont atteintes par ce mal sans remède qu'est le street punk brutal,. Que font les bons français !!!

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Après ces bourrinages et ce martelages sans discernement de nos cerveaux liquéfiés, place aux anciens ! Les CHARGE 69, ce quatuor fréquentant les teutons faute de scène valable dans le grand Est, là où il fait froid, s'imposent d'emblée. Des vrais routards de la scène ces lascars, s'enfilant sans peine des plats de spaghettis avant d'attaquer sur fond de bière, les pizzas de la patronne ! Bien calés, voire plombés, les CHARGE 69 osent ouvrir leur set avec un titre de leur dernier album avant d'arriver à leurs succès comme Patchwork qui ont fait le nom de CHARGE 69. Ce n'est pas du punk à proprement parlé, mais un punk rock à la française bien ficelé avec des chansons compréhensibles et des refrains qui frappent et pénètrent les lambeaux de notre mémoire comme une prise (électrique) mâle dans une femelle. Pas de problème, le courant passe !


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Les titres s'enchaînent sans arrêt, pas de trêve, pas de descente. Sur ce punk rock énergique, les pogos ne s'arrêtent plus malgré les nombres impressionnants de bières éclusées et les deux précédents concerts. Sûr que l'énergie passe, survolte les spectateurs et même les filles s'en mêlent, se ruent au milieux des taureaux en furie qui bataillent devant la scène le plus souvent les bras tendus vers l'absolu rock ! Bref, aucun ange n'est passé, personne ne s'est ennuyé et dans le tas, pogotait aussi, sur deux roues, une personne à mobilité réduite qui sans doute aurait verdi le ballon ! Bel exemple de respect vis à vis des autres ! Et pour finir, un Pour la Gloire enivrant suivi de peu du Johnny Good Boy, un putain de morceau qui vibre encore dans ma tête. Impossible de les laisser partir sans un rappel, le rab est un fait rare à la PizzaSoleil et pour le fun, on en a eu deux !

Frédéric Loridant
mars 2004

Frédéric Loridant ©2004