BAD LIEUTENANTS

FUNERAL DRESS - The DAMNED


VK Bruxelles
le 3 avril 2004


Le quartier est toujours aussi accueillant ; des loulous traînent dehors en bande, l'entrée du VK est contrôlée par des nerveux qui ont plus leur place dans ces bandes croisées un instant, mais, pas de problème, le calme règne. Comme à l'habitude, le bar est plein, il n'y a pas que lui. Un grondement sourd monte de la salle et une bonne cinquantaine de keupons pogotent joyeusement entraînés par BAD LIEUTENANTS pendant que le reste gît à terre au milieu des flaques de bière. Pas de doute, on se sent tout de suite dans l'ambiance ce Punk Generations Sessions et elle montera encore de plusieurs crans avec FUNERAL DRESS et surtout The DAMNED et son Captain Sensible en pleine forme.

Avec cette affiche, on baigne en pleine inter région : des français avec BAD LIEUTENANTS, des belges flamands avec FUNERAL DRESS et des angliches avec The DAMNED. Montage parfait pour bénéficier de subventions interreg européennes. Trêve d'administration ! Etant en retard, j'ai raté The HEARTACHES pour glisser directement dans l'escouade des BAD LIEUTENANTS. Ce groupe de Pam Am à l'humour décapant, il n'y a qu'à jeter un coup d'œil à leur set list répondant au doux titre de "Opération Punk Frites" :-) fait dans une punk de bon aloi sentant bon l'énergie sur des textes bien saignants avec notamment, un requiem électrisé en hommage aux rockeux prématurément disparus. Leurs skeuds fleurent bons les effluves de tout ce qui a animé la (bonne) scène anglaise de la période 77-92 en y incluant même les expériences reggae ou ska et sans oublier le garage ricain et bien sûr les expériences françaises. Sur le plan des yeux, rien à dire, ce sont juste des bêtes de scènes qui assurent avec en prime un chanteur qui n'arrive pas à tenir en place. Devant ça pogote violemment, et il fallait du courage pour aller affronter les keupons bruxellois, flamands ou wallons qui occupaient le devant de la scène. Bilan de ce set, les survivants sont contents, les autres s'en allèrent s'écrouler le long des murs sans doute éreintés par le parcours de combat conduit de main de chef par BAD LIEUTENANTS.

cliquer sur l'image - click on the pic



FUNERAL DRESS, drôle de nom pour une bande d'excités qui officient non pas dans les chambres mortuaires ou les cimetières mais plutôt dans les caves enfumées assez hautes pour éviter que la crête majestueuse du bassiste balaie le plafond. FUNERAL DRESS vient des embruns portuaires d'Anvers ou plutôt de ses bouges et ils n'ont pas passé uniquement leur temps à picoler, ils ont aussi ingurgiter une bonne partie de la culture keupons occidentale, tendance RANCID. FUNERAL DRESS incarnent un bon paquet de facettes de l'image du groupe punk. Un bassiste à triple crête, nerveux, pantalon serré et bien moulant tout comme le tee-shirt et les traditionnels godillots aux pieds ; le chanteur, sorte de brute épaisse tatoué, joue parfaitement son rôle d'animateur première classe. Haranguant les pogoteurs, il les excite encore plus leur donnant même le moyen de s'exprimer et d'apporter au tronc commun leur énergie. Moins exubérant, le guitariste n'en n'est pas moins une pièce de choix en charpentant les morceaux de riffs accrocheurs quand ce ne sont pas des solos saturés qui vrillent les tweeters et nos pavillons. Enfin, le batteur malheureusement caché dans les profondeurs de la scène, m'en apportait pas moins à leur punk rock à la RANCID tendance Antwerpen, bousculant tout devant lui tout en faisant dans en finesse. Le résultat, un plaisir pour les yeux et les oreilles. On pourrait même rajouter "pour la voix", les refrains se reprenant en cœur joyeusement... FUNERAL DRESS en a encore achevé une paire.

cliquer sur l'image - click on the pic



La queue s'est allongée devant les pompes à bière. La faune est bigarrée : on passe de la tête rasée à la crête de 30cm en passant par les cheveux longs avec en prime une ou deux minettes. Les DAMNED ratissent large ! Il est vrai qu'avec l'histoire que le groupe a connu depuis la fin des 70 (le premier split a lieu en 1977), les DAMNED de profonds changements au gré des formations qui ont expérimenté un bon nombre de variantes autour du rock. Ce soir, sans doute une nième tournée d'adieu, réunit Captain Sensible à la guitare, une bassiste qui logiquement devrait être féminin (selon leur website) mais qui paraît bien burné pour une fille, David Vanian en dandy au chant, Monty Oxymoron, le Bontampi du punk et Pinch aux drums.



Les voyant arriver, un sursaut d'énergie réveille, ressuscite les imbibés. On se presse contre la scène pour vivre un concert des DAMNED. David Venian est tiré à quatre épingles, on le verrai tout à fait lever des minettes au volant d'une corvette rouge décapotable, Monty Oxymoron secoue sa tignasse afro dans tous les sens en battant des mains quand elles ne martyrisaient pas les touches de son clavier, le bassiste au crâne luisant (look Barthez) arrachait stoïquement à son instrument des lignes bien nettes tandis que le batteur au fond imprimait des tempos d'enfer tirant entre le rock et le punk, faisant tout simplement du DAMNED de haute volée, nettoyé de toute production trop léchée. Enfin, à la gratte, vêtu d'une robe en peau de léopard synthétique à 2 balles, Captain Sensible montrait que la célébrité n'a pas entamé la vigueur de sa jeunesse. Il accuse éventuellement le poids des ans et ne s'est pas jeté dans le public comme au siècle dernier. Captain nous a gratifié entre les riffs et des solos arrachés à sa Gibson, d'un bottledeck justifiant pleinement son nom car réalisé en faisant couiner une canette de Stella Artois. C'est une marque à peine digne d'une bière mais le résultat fut quand même à la hauteur. Du public, des intrépides escaladaient la scène, s'appuyant au passage un cameraman avant de se faire jeter des planches par David himself. L'ambiance était au top, sur scène, ça bougeait dans tous les sens. Dans la salle, ça pogotait grave, écrasant le premier rang sur le pare émeute. Violent certes, mais pas agressif, en société, nos keupons savent se tenir. Le premier rappel vit revenir un Captain Sensible hilare présentant le titre qui l'a rendu millionnaire, Wot et nous voilà parti dans une version débridée avec en prime, Say Captain, Say Wot hurlé en chœur par le public. Encore quelques morceaux et Captain Sensible tire sa révérence, il peine à quitter la scène alors que les autres sont sans doute déjà devant une canette réparatrice. Au bar, la queue devant les mousses se dresse....

Frédéric Loridant
avril 2004

Frédéric Loridant ©2004