O.S.N.I. - DAMO SUZUKI's NETWORK

La Cave aux Poètes,

Roubaix, le 11 octobre 2004

La musique sonne encore dans le labyrinthe de mon cortex et pourtant il y a déjà deux jours que DAMO SUZUKI a fait son show devant un parterre de privilégiés qui avaient descendu les marches de la Cave au Poètes ce lundi 11 octobre. DAMO SUZUKI, ce nom résonne dans l'histoire de la musique pour sa participation à l'énorme groupe CAN qui a jeté les bases dès les années 70 d'une bonne partie de la musique actuelle en jouant avec les rythmes hypnotiques, des guitares spatiales et planantes et une violence "quasi" industrielle latentes dans leurs compos. Mais avant de pénétrer dans ces univers infinis, dans ces dimensions musicales multiples, on a eu le plaisir de pouvoir (re)visiter le petit monde d'O.S.N.I. qui au fil des concerts, montre qu'il est en pleine expansion.

Coincés entre du noise bruitiste, du SONIC YOUTH et du pur rock and roll garage sur tempo féminin, les O.S.N.I. étaient face à un challenge de taille. Faire une première partie d'un Grand Monsieur du rock and roll relevait du défi et il aurait été dommage que les O.S.N.I. se crashent comme dans un série B à la Ed Wood. Ce soir, ce sont les filles qui ont mené la danse. Noémie a la batterie a étonné par sa technicité, tenant le tempo sans faillir, donnant du corps aux morceaux supersoniques. Et Wendy fidèle à elle même, en cat-bassiste, n'a pas arrêté de miauler donnant la réplique à Sébastien qui comme son acolyte s'est bien éclaté nous balançant avec une jouissance presque sadique des riffs rageurs. L'avantage avec O.S.N.I. est la surprise. On ne sait jamais au début du morceau si on l'a déjà entendu ou s'il s'agit de quelque chose de nouveau ou éventuellement d'une réorchestration variant selon leurs humeurs. Frappant fort et prenant plaisir à fricoter avec le noisy déjanté, O.N.S.I. a fait exactement à l'opposé de DAMO SUZUKI. Leur set a comporté une tripotée de morceaux très courts séparés parfois de quelques paroles explicatives comme cet hommage à Russ Meyer, joués à la vitesse du son avec des fins brutales et pourtant, quelque part, ils se rejoignent, ne serait ce que par la rage qui les animent. O.S.N.I. semble avoir rempli son contrat, place à DAMO SUZUKI.

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La lumière tombe ; les musiciens sont en place, manque DAMO SUZUKI qui les observe du public fondu dans la masse à tel point qu'il était à côté de moi sans que j'y fasse attention. Des percussions montent doucement, sonnent bizarres et sont accompagnées des cris aigus s'échappant d'une sorte de luth miniature. Les basses, il y en a deux, se mettent à ronronner doucement, les percus mi naturelles, mi électroniques se font plus pressantes et prenant son temps DAMO SUZUKI rejoint son micro pour une longue composition répétitive et sans doute fortement improvisée. Ce soir tout semble rythme, les guitares bien que très présentes se lâchent et quittent les traditionnels solos pour des sonorités inhabituelles. On frise l'expérimental tout en restant dans un rock, jazz rock ou bizarre rock. Les progressions crescendo s'agrippent aux tripes, montent, montent jusqu'à devenir presque insupportables. Il faut que ça pète ! On attend que cela, la tension est trop forte. On a de la peine à résister et l'explosion libératrice m'arrive pas. On la sent, on ne la vit pas. Il faudra attendre le grand final, cet ultime moment où tout éclate… Mais la progression est longue, l'apprentissage demande du temps. L'orgasme sonique, arrive enfin après 2h00 de compositions instantanées, de marches hypnotiques nous entraînant vers une transe collective incontrôlable, libérant toute notre énergie. Epuisant mais combien exaltant.

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En blaguant, je disais avant ce concert aux habitués des salles obscures : "DAMO SUZUKI, c'est 6 morceaux, deux heures" Eh bien il n'a pas failli à son précepte bien que je ne sais plus trop, pris par la musique s'il en a joué 5,6 ou 7 ! Pour en arriver à cette performance, DAMO SUZUKI s'était entouré de musiciens français hors pairs : Edward Perraud (Drums), Sébastien Borgho (Guitar + Electronics), Nicolas Marmin (Bass + Electronics), Olivier Manchion (Guitar + Bass + Electronics) plus un cinquième dont le nom m'échappe. Le pedigree de ces chercheurs fous de sonorités et rythmes : 69, DRAGIBUS, ULAN BATOR, PERMANENT FATAL ERROR (autant s'appeler windows ©), OSAKA BONDAGE et autres collectifs trop souvent méconnus, situés avant garde de la musique, car dérangeants sans doute. Le nom de cette réunion : les FRENCH DOCTORS mais il en existe un autre dixit Edward Perraud, mais ce soir, la musique de DAMO SUZUKI's NETWORK a fait déborder mes cases mémoire.


Frédéric Loridant
octobre 2004

Frédéric Loridant ©2004