DE BOSSEN - DEAD MOON

La Malterie
Lille, le 9 avril 2004


DE BOSSEN ? DE BOSSEN ? C'est juste le nom du trio à dominante féminine qui ouvrait la soirée de la lune morte, ce 1971ème vendredi saint si l'on suit bêtement le calendrier. En fait de lune morte et de vendredi saint, c'était des DEAD MOON qu'il s'agissait et je doute qu'ils goûtent l'abstinence et fassent pénitence en souvenir d'un agitateur qui mis dans l'embarras un gouverneur romain mais qui 1971 ans après, remplit les poches de Mel Blood Gibson. Il aurait mieux fait de traiter du rock and roll garage, sujet infiniment plus saint….

En guise d'apéro, Wim DB (guitare), Inneke 23 (batterie) et Lara Wolfsmelk (basse) qui composent DE BOSSEN d'Anvers. C'est curieux comme je croise souvent des anversois ces temps ci (cf FUNERAL DRESS), à se demander si leur scène n'est pas trop étriquée pour qu'ils se lancent à la conquête de l'Europe, conquête qui pour ces deux groupes est déjà largement commencée. La musique de DE BOSSEN est difficile à cerner. Ce n'est pas punk, ce n'est pas pop, ce n'est pas brouillon au contraire, ce n'est pas… En fait on sait vite ce que DE BOSSEN n'est pas mais à l'inverse, découvrir ce que c'est, est bien plus difficile et il faudrait un miracle (qui sait, on croit que certains ressuscitent) pour que j'arrive au moment où j'écris ces lignes, à définir DE BOSSEN.

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ARRRGGGHHHH me voilà illuminé ! c'est de la pop punk, de la trash pop, mais pas de miracle, j'ai piqué l'idée sur le net. Tant pis pour ceux qui y ont cru ! En revivant mentalement la prestation du trio, il est vrai que ces mots sonnent assez juste. Ce n'est pas assez fou pour être punk mais trop rock pour être pop bien que ça sonne pop sans être toutefois être surproduit. On s'y perd, disons plus simplement que nos trois flamands se sont créés un univers propre où de l'énergie (pas trop) côtoie les fleurs roses ou les GIRL in HAWAII (pour rester chez les belges) sans le côté très propre voire bobo-léché de cette nouvelle pop Amélie Poulain. Ce n'est ni désagréable à voir et à écouter même si les sursauts d'énergie que connaissent parfois les trois compères mériteraient d'être plus nombreux. Et voir un bottleneck même réalisé par une main extérieure à la Chimay Bleue, c'est quand même plus classe que la Stella Artois de Captain Sensible !

Il est temps que la lune se cache, on veut sa mort. Un autre trio prend place. Les DEAD MOON n'affichent pas des visages juvéniles mais plutôt des traits marqués par des années de routes et d'excès avec les aficionados dont certains sont très entreprenants, mais rassurons nous, les DEAD MOON savent entre deux rasades de bière ou de flasque d'un produit inconnu mais sans doute à haute teneur en alcool, remettent les choses en place (à coups de baguettes en l'occurrence ce soir). Quand à la lune, elle avait encore quelques sursauts lumineux bien pâles, DEAD MOON semble n'exister dans que dans "the dark side of the moon"...



Les DEAD MOON oscillent constamment entre un AC/DC des bas-fonds et un LED ZEPPELIN brut de décoffrage. C'est puissant, bien lourd et à défaut d'atteindre les vitesses astronomiques des RAMONES par exemple, le guitaristes se complait à traîner ses riffs en longueur sur des titres chantés par la bassiste ou par lui même. Jouant tous sur le même plan, pas un ne passe devant l'autre, sauf peut-être la bassiste qui vient chanter au contact du public qui envahit peu à peu la scène et part se réfugier près du batteur à moins qu'elle ne s'approche pour mieux se saisir de son tempo. Les DEAD MOON ont de la bouteille, les morceaux se suivent, s'entrechoquent et entraînent malgré les spectateurs dans des soubresauts non contrôlés. On ne réfléchit plus, on vit littéralement cette musique d'un autre âge mais pourtant si actuelle, qui se déguste sans faim et on a de la peine à penser que tout doit s'arrêter… Bien du beau monde était présent pour voir ces monstres des clubs et autres petites salles intimistes enfumées ; des représentants du rock and roll lillois étaient venus rendre hommage à ces vétérans des garages et des bars, à ces bâtisseurs de riffs, à ces écrivains sans doute malgré eux, de l'histoire du rock and roll.

Frédéric Loridant
avril 2004

Frédéric Loridant ©2004