FOURMI DELTA - DIRTY FONZY

Urban Chaos

Lille, le 11 novembre 2004

Il fait maussade, un temps de 11 novembre bien humide et bien gris juste pour nous rappeler l'enfer qu'ont vécu des pauvres gars il y a 90ans juste pour l'enrichissement de quelques capitalistes et l'ego de quelques hommes politiques. Lille semble endormie, des passants disparaissent rapidement dans la bruine sans savoir qu'une fois une porte franchie, on bascule dans un monde peu imaginable, un club, un CBGB lillois, sombre et enfumé avec dans un coin une scène et de gros amplis dessus. On a l'impression de voyager dans le temps et l'espace, d'appartenir à un mythe et ce 11 novembre, place au rock and roll, place aux FOURMI DELTA et aux DIRTY FONZY.

Une fois, en Batman, j'avais résisté aux premières attaques de FOURMI DELTA, ce combo métallo-keupons où la parité est parfaitement respectée : deux chanteurs de sexe opposé, les guitares aux hommes, la section rythmique aux filles. La mayonnaise prend le temps que Sandy imprime le tempo (2 morceaux de stress) et les skuds bien envoyés, les refrains qui martèlent la tête, interpellent un public qui ose quitter la douceur du bar pour jeter un oeil sur ces fourmis hurlantes. Deux chanteurs qui sur des bases punk et métal, hurlent des textes se penchant sur le monde, du moins celui qu'on dénonce, et qui ont l'avantage de se comprendre. Sur la petite scène de l'Urban, les chanteurs mènent la danse, les autres étant plus ou moins coincés. Impossible de voir la bassiste qui trouvait peut-être un avantage à se planquer derrière son frère ; la batteuse n'avait devant elle qu'un mur de dos et Gégé, coincé entre ampli, batterie et micro se faisait pour une fois voler la vedette photographique. Enfin le deuxième guitariste travaillait ses solos dans le noir. Mais pas d'ennui, leur présence scénique des FOURMI DELTA ne souffrit pas de cette exiguïté et leur punk-néo-métal-rock-engagé emplissait l'espace de l'Urban se faufilant grâce à des refrains ravageurs jusqu'au coeur nos tripes.

cliquer sur l'image - click on the pic




Le plat principal, les DIRTY FONZY, des toulousains, nous ramena vers les chemins tortueux du punk pur et dur en balançant à la face des heureux présents, un street punk mâtiné de CLASH en allant même jusqu'à y intégrer des accents reggae-isant. Mais c'est surtout la présence de la trompette qui peut surprendre et ses hululement ; ses sons chauds donnent une teinte baroque aux riffs drôlement efficaces. On aurait pu en arrêter là et rester sagement à écouter un punk plutôt speed habilement barbouillé à la trompette... On aurait pu... Mais sur scène, les musicos s'octroyant plus d'espace vital que prévu, sautaient et s'éclataient envoyant dans le public un peu timoré au début (on ne sait jamais avec les gens du midi) des good vibrations vite transformées en pogos envahissants mais civilisés. Non les keupons nordistes ne sont pas (tous) bourrins. Bref, on a aspiré une bonne dose d'énergie pour attaquer le difficile pont du 11 novembre où le glandage en musique sur canapé pointe son nez à l'horizon.

cliquer sur l'image - click on the pic




Il fait toujours aussi sombre à l'Urban. Un brouillard dense et odorant règne. On s'en fout, dans cet endroit protégé des agressions extérieures, il fera toujours plus beau que dehors ; les FOURMI DELTA et les DIRTY FONZY résonnent encore dans nos têtes.


Frédéric Loridant
Novembre 2004

Frédéric Loridant ©2004