Photo Rock


AYDA
au
Spirit of 66
le 28 mars 2002

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« JE SUIS TRES HEUREUX D’ETRE AVEC VOUS » s’époumonent les UZ JSME DOMA devant la trentaine de rescapés encore présents vers 23h30 et qui en pensait tout autant. Avant d’arriver à ce refrain « in french » qui fait suite à une intro de polyphonies vocales dignes de Rossini et de son Barbier cette soirée fut riche en rebondissements et cela dès l’extinction des feux.

Pour ouvrir les hostilités, Francis, le Géron du Spirit of 66, avait exploré à l’image d’un Christophe Colomb, la grand place de Verviers et surtout, découvert, non pas l’Amérique (pas la peine, vu ce qu’elle est devenue), mais AYDA, qui à l’inverse de l’Aïda de Verdi est moins dramatique. Dès l’apprition des lights rouges, jaunes et bleus (rares ; ce soir, retour au rouge), AYDA donne le ton : ils/elle proposent un jazz de cabaret à la sauce centre/sud américaine (on retombe sur Colomb) qui dès le second morceau, se renforce d’une superbe voix répondant au doux nom de Céline. Les progeux présents s’interrogent : drôle de choix que cette première partie avant la folie tchèque tant annoncée ! Après 4 ou 5 morceaux taillés dans le même registre, le saltimbanque joyeux, pianiste à l’occasion, trompettiste un peu plus loin et danseur à ses moments perdus annonce un morceau latinos. Les nappes de claviers qu’il balance vont dans ce sens, cela dure 2/3 mm et Patatras, le train déraille, Aïda oublie son rôle, et plutôt que de s’en tenir au livret, AYDA s’égare pour notre plus grand plaisir et s’offre totalement à nous. Oubliées les ambiances jazzy / easy listenning très agréables, AYDA nous emmène dans une sorte de jazz rock progressif à tendance psychédélique appuyée. Parfois des riffs agressent délicieusement nos oreilles et la chanteuse par sa fougue et sa présence sonique n’est pas sans rappeler la grande Renata d’Amon Duul II qui se trouvait au même endroit deux mois plus tôt… Quel choc, on passe d’un jazz accessible à des compositions hardies et bien pensées qui annoncent un riche futur à l’opposé du destin d’Aïda, enterrée vivante avec son soldat. A quand une démo ?



Après une pause réconfortante où l’on tournait autour du stand de vente de CD, hésitant à investir dans ce groupe venu de l'est dont tout le monde parle mais finalement que personne ne sait expliquer. J’achète – j’achète pas – j’attends…

On l'annoncait partout, UZ JSME DOMA enfante une musique à l’image de son nom : imprononçable, inclassable. Leurs compos sont débridées, décalées, déjantées, puissantes, touchantes, marquant aux fers vos tripes ; en résumé, c’est génial !

Dès les premières mesures, on est cloué sur place, ne sachant pas trop quoi penser. Impossible de se reposer, de s’accrocher à quelque chose de connu, de rassurant. Même en étant aux aguets, en essayant de la décortiquer, de la disséquer, la surprise est constante. On ne sait même plus quand applaudir, quand les morceaux commencent ou s’arrêtent ! Le fait de les regarder jouer épuise. Le préposé à la rythmique et accessoirement à l’unique clavier (ou l’inverse) a branché ses mains sur du 10 000 volts. On ne les voit plus bouger et les doigts survolent les cordes à mach 5, de quoi faire pâlir l’ensemble des groupes de punk ! Au détour d’un riff, le bassiste nous balance sans en avoir l’air des séries d’arpèges comme le ferait un Yannick Top. Dans son coin, le guitariste répond dent pour dent, œil pour œil aux riffs de la rythmique. Et comme cela est trop simple (?), le batteur ne s’amuse qu’à contre temps…. Parfois tous s’unissent devant leur micro et ce sont des hurlements de hordes slaves qui envahissent le Spirit.

Malgré ces attaques tribales, les UZ JSME DOMA fort d’avoir digéré la Musique Européenne, des fastes baroques aux déferlantes punk en passant par des expériences plus contemporaines., se plaisent à métisser tous ces genres en mêlant allégrement classique, Zeulh/RiO (tendance Art Zoyd, période JPS - c-à-d jusque 1985) et punk ska (rappelant parfois Cardiacs) et musique populaire slave. Le tout étant servi par une technique parfaite à faire pâlir des premiers prix de conservatoire. Impossible d’être plus précis, c’est selon le feeling de chacun.










En résume, UZ JSME DOMA n’est qu’expérimentations et même sans le sax présent sur les CD et le côté très Punk dans l’énergie de ce concert, ils montrent que l’art musical est loin d’être Universal malgré les souhaits de certains et surtout que la musique interpelle toujours. Ruez vous sur leur site et leur CD/ Oubliez votre étiquette prog, métalleux, ska ou punk. Osez l’inconnu et montez dans leur vaisseau pour partir à la conquête de l’Homme…

Il y a du MP3 sur leur site.... A vos clicks

ou écoutez Jo Nebo Nebo (775ko) tiré de leur excellentissime live "Vancouver 1997" vendu pour 14 petits $ avec leur premier CD !

Frédéric Loridant ©2002