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FRENCH DOCTORS - ETAGE 34 et TENKO

Tourcoing, le Grand Mix,

le 15 novembre 2005



Le monde a t-il encore des oreilles ? Il n'y a pas 30 ans, des MAGMA, des ART ZOYD ou des ETRON FOU remplissaient des salles de gens curieux et ouverts qui s'offraient le plaisir de sortir des chemins balisés. Si MAGMA remplit encore un Splendid, les magiciens d'ETAGE 34 accompagné d'une NICO japonaise, TENKO et les FRENCH DOCTORS semblent être confinés dans un cercle étroit formé par des courageux(?) qui ont quitté leur univers rassurant pour aller se promener dans d'autres contrées peut-être plus difficiles d'accès mais ô combien enrichissantes.

Un paysage entièrement plat, une plaine sans relief qui s'étend à l'infini, sans commencement ni fin, voilà le décor où on a était télétransporté sans vraiment sans rendre compte. Mais ce paysage n'a rien d'un désert mort. Au contraire cette infinité, cette structure sonore linéaire qui s'immisce dans tout le corps, ce bzbzbbzbbbzbbzb continu, était constellé de smileys soniques venus vous gratouiller les méninges. Tout était serein, la communion était totale. Cela aurait presque pu continuer indéfiniment ou presque), mais c'était sans compter les FRENCH DOCTORS et leur réanimateur/batteur qui pris un malin plaisir par 2 fois, de casser très violemment cette béatitude religieuse en délaissant sa scie à cymbales pour frapper ses fûts sans crier gare... Puis lentement, tout en douceur, des percussions tendance afro s'emparent de l'espace du Grand Mix, les FRENCH DOCTORS quittèrent alors l'espace scénique pour explorer en Docteur Livingston la salle et offrirent aux spectateurs des jouets sonores leur permettant de créer leur propre monde à partir d'une trame plus proche de la forêt tropicale primaire où il faisait bon y vivre que de l'immensité plate visitée auparavant et si déstabilisante. Et tout l'art des FRENCH DOCTORS fut d'empêcher que l'Homme ou plutôt son côté obscur, ne transforme cet éden en cacophonie non contrôlée... Et plutôt que de laisser toute cette énergie accumulée se disperser dans un chaos ; le troisième et dernier morceau se chargea de la transformer en sons multiformes d'une puissance rare. Ce fut un déferlement, des grondements, des tourbillons sonore qui ensemble, formaient une structure presque palpable d'une harmonie rare et novatrice pour une musique rock improvisée. La dernière note tombée et on se rendit compte que l'on était toujours au Grand Mix.

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ETAGE 34, TENKO. Mariage heureux d'une chanteuse japonaise et d'un groupe français presque mythique dont beaucoup a entendu parler sans avoir vu ni entendu. Passer du mythe à la réalité est parfois décevant, nos esprits se donnant le malin plaisir à construire des édifices répondant à nos attentes. Ce ne fut absolument pas le cas lors de ce concert au moins pour mes oreilles et pour la matière grise qui se trouve entre les deux. "Free-rock" ce maître qualificatif colle à ETAGE 34 et à TENKO comme populisme à Sarko sauf que dans le cas des premiers, le résultat est assez époustouflant et crée d'autres horizons que jusque là je n'avait pas imaginés. D'habitude, le free-rock me monte à la tête. Trop basique sans doute, trop terre-à-terre, trop formaté, je suis assez peu réceptif aux digressions alambiquées ou prise-de-tête parfois sans fin de certains. Mais ici, rien de tout cela. Peut-être y ai je retrouvé des architectures musicales pas tout à fait inconnues me rappelant inconsciemment les essais de CAN ou d'autres expérimentateurs allemands des seventies, des constructions CRIMSONiennes voire MAGMAiennes dans la puissance, les rythmes ou l'innovation. Mais même en me rappelant les Anciens, ETAGE 34 va de l'avant en bousculant parfois vigoureusement et son union avec TENKO qui vit ses délires vocaux, donnait à leur musique une dimension quasi inhumaine. Musique des astres ? Chants cosmiques ? Sans doute. On est emmené au coeur de maelstroms cosmiques qui appartiennent non pas au cosmos du new age infantilisant, mais à celui des dieux tonitruants brandissant la foudre. Et aux milieu de ces déferlantes soniques et vocales, des plages plus calmes, proche d'une souffrance intériorisée où la voix de TENKO devient murmure face aux aliens de l'ETAGE 34 qui n'attendaient qu'un signe pour se replonger au milieu des tempêtes cosmiques. Mon seul regret fut l'impression d'inachevé du morceau de rappel, mon corps en demandait plus mais c'est aussi sans doute cela le free rock, laisser l'esprit achever lui même le voyage. Ce n'est quand même pas toujours facile pour ceux qui découvrent et qui ont osé à se plonger dans le bain. J'erre encore.

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Frédéric Loridant / Photorock © novembre 2005

Mél / Mail : f.loridant@photorock.com

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