SHITTING MUSHROOM - SINE QUA NON

La RAIA

Centre Culturel Libertaire,
Lille, le 23 octobre 2004




Blanc rouge ! Voilà les couleurs que portait le CCL ce samedi soir. Et pourtant par son essence même le CCL se complaît plutôt dans les noirs profonds de l'anarchie. Et bien pour l'anarchie, le CCL a quand même été servi ce soir avec entre autres le blanc/rouge de La RAIA qui avait été habilement amené par des fils de Jean Bart, des dockers soniques, des musicos de la France d'en haut (difficile de faire mieux en venant Dunkerque), les SHITTING MUSHROOM et SINE QUA NON. Voilà de quoi ravir Raffarin, la France d'en haut se mêle à la faune d'en bas, du moins celle qui a osé descendre les marches de la cave du CCL.


SHITTING MUSHROOM attaque fort. La batterie est monstrueuse sur la petite scène. Du jamais vu au CCL, on se croirait face à un instrument pour métalleux bourrins voulant aplanir tout relief. Et bien non, les SHITTING MUSHROOM à l'apparence multiforme, chanteur aux dreads rouges, deux gratteux et un bassiste déguisés comme vous et moi, et d'un batteur, véritable capitaine derrière ses grosses caisses, tapent dans un punk sentant bon le vent du large (ça c'est pour faire littéraire) et les bars sombres et enfumés des quartiers populaires. Calais n'est pas Dunkerque et à l'évidence SHITTING MUSHROOM ne fait pas dans la dentelle ; les SINE QUA NON non plus.



cliquer sur l'image - click on the pic




Les SINE QUA NON s'identifient à des bonbons, fraises tagada, kinder surprise, nounours, chamallow etc mais ils ont oubliés les principaux : les dragibus et les sucettes salées. Car SINE QUA NON (les dunkerquois, pas les scouts en culottes courtes de la 106ème unité Saint-Dominique de la fédération catholique des scouts de Belgique), c'est piquant comme les sucettes multicolores et délicieux comme les chimiques dragibus. Le groupe est mené basse battante par le bassiste chanteur dont le look donne ses lettres de noblesse à ces Jean Bart du punk. Il a tout d'un corsaire avec ses deux mains qui peluchent rudement bien la quatre cordes et ses comparses, moins exubérants peut-être (mais les 6m² de la vaste scène du CCL limitent l'expression corporelle) tiennent bon le vent force 10 venu des boums boums arrières ! Et cela même lors de leur titre hommage à leur pote parti trop vite vers le large qui commence slow et tombe vite dans des riffs rugissants balayant largement devant eux. Après leur passage, difficile d'entendre le cri des mouettes, elles étaient éclatées, rouges et blanches, sur les murs et le plafond, camouflage parfait pour se fondre dans La RAIA.



cliquer sur l'image - click on the pic




La vaste scène se remplit tout à coup d'une jeunesse bicolore, le rouge et blanc des bornes kilométriques (des nationales) ou d'un portrait du commandant Cousteau en plein mal de mer (sans doute à cause des vagues causées par les SHITTING MUSHROOM et SINE QUA NON). Accordéon, saxo, instruments d'enfants divers, guitares, boîte à rythme, filles et garçons, danseurs, Pico... se lancent dans un punk bruitiste ou chaotique qui en a surpris plus d'un, vieillissant un peu plus les anciens habitués à des riffs plus teigneux, ravissant les jeunes, forts d'avoir trouvé dans La RAIA, des sons qui dérangent et qui leur appartiennent, les représentent. Ce fut un bordel sonique bien organisé, construit et la cacophonie disparaît bien vite pour peu qu'on survive à la première vague sonique. Blanc et Rouge, tout fut blanc et rouge, le bruit, le vue, l'ambiance, même la bibine. Fortement influencé par les BERUS, période Pali-Kao, Ludwig sans doute et autres groupes phares des 80 (voire même plus papi encore comme l'excellent Panik des METAL URBAIN, mais un crève salope chanté par les filles aurait sans doute un autre impact), La RAIA reste dans les clous ; pas de dérapage incontrôlé, ni d'appel à la désobéissance malgré un fort penchant libertaire et des paroles engagées. La RAIA ne donne pas dans la provocation comme leurs mentors. L'époque a changé ! Laissons le Noir aux BERUS, La RAIA, c'est Rouge et Blanc... et ça du chien ; ça crie, ça chante et ça aboie même et quand La RAIA aboie...les convenances trépassent.
Ah les jeunes d'acht'heure !



cliquer sur l'image - click on the pic




Lille, Octobre 2004



info@photorock.com