Blanc rouge ! Voilà
les couleurs que portait le CCL ce samedi soir. Et pourtant par son essence même
le CCL se complaît plutôt dans les noirs profonds de l'anarchie. Et bien pour l'anarchie,
le CCL a quand même été servi ce soir avec entre autres le blanc/rouge
de La RAIA qui avait été habilement amené
par des fils de Jean Bart, des dockers soniques, des musicos de la France
d'en haut (difficile de faire mieux en venant Dunkerque), les SHITTING
MUSHROOM et SINE QUA NON. Voilà de quoi ravir Raffarin,
la France d'en haut se mêle à la faune d'en bas, du moins
celle qui a osé descendre les marches de la cave du CCL.
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SHITTING MUSHROOM
attaque fort. La batterie est monstrueuse sur la petite scène. Du
jamais vu au CCL, on se croirait face à un instrument pour métalleux
bourrins voulant aplanir tout relief. Et bien non, les SHITTING MUSHROOM
à l'apparence multiforme, chanteur aux dreads rouges, deux gratteux et un bassiste
déguisés comme vous et moi, et d'un batteur, véritable capitaine derrière
ses grosses caisses, tapent dans un punk sentant bon le vent du large (ça
c'est pour faire littéraire) et les bars sombres et enfumés
des quartiers populaires. Calais n'est pas Dunkerque et à l'évidence
SHITTING
MUSHROOM ne fait pas dans la dentelle ; les SINE QUA NON non
plus.
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Les SINE QUA
NON s'identifient à des bonbons, fraises tagada, kinder surprise,
nounours, chamallow etc mais ils ont oubliés les principaux : les
dragibus et les sucettes salées. Car SINE QUA NON (les dunkerquois,
pas les scouts en culottes courtes de la 106ème
unité Saint-Dominique de la fédération catholique
des scouts de Belgique), c'est piquant comme les sucettes multicolores
et délicieux comme les chimiques dragibus. Le groupe est mené
basse battante par le bassiste chanteur dont le look donne ses lettres
de noblesse à ces Jean Bart du punk. Il a tout d'un corsaire avec
ses deux mains qui peluchent rudement bien la quatre cordes et
ses comparses, moins exubérants peut-être (mais les 6m²
de la vaste scène du CCL limitent l'expression corporelle) tiennent
bon le vent force 10 venu des boums boums arrières ! Et cela même
lors de leur titre hommage à leur pote parti trop vite vers le large
qui commence slow et tombe vite dans des riffs rugissants balayant largement
devant eux. Après leur passage, difficile d'entendre le cri des
mouettes, elles étaient éclatées, rouges et blanches,
sur les murs et le plafond, camouflage parfait pour se fondre dans La
RAIA.
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La vaste scène
se remplit tout à coup d'une jeunesse bicolore, le rouge et blanc
des bornes kilométriques (des nationales) ou d'un portrait du commandant
Cousteau en plein mal de mer (sans doute à cause des vagues causées
par les SHITTING MUSHROOM et SINE QUA NON). Accordéon,
saxo, instruments d'enfants divers, guitares, boîte à rythme,
filles et garçons, danseurs, Pico... se lancent dans un punk bruitiste
ou chaotique qui en a surpris plus d'un, vieillissant un peu plus les anciens habitués
à des riffs plus teigneux, ravissant les jeunes, forts d'avoir
trouvé dans La RAIA, des sons qui dérangent et qui leur appartiennent,
les représentent. Ce fut un bordel sonique bien organisé,
construit et la cacophonie disparaît bien vite pour peu qu'on survive
à la première vague sonique. Blanc et Rouge, tout fut blanc
et rouge, le bruit, le vue, l'ambiance, même la bibine. Fortement
influencé par les BERUS, période Pali-Kao, Ludwig sans
doute et autres groupes phares des 80 (voire même plus papi encore
comme l'excellent Panik des METAL URBAIN, mais un crève salope
chanté par les filles aurait sans doute un autre impact), La RAIA
reste dans les clous ; pas de dérapage incontrôlé, ni d'appel à
la désobéissance malgré un fort penchant libertaire et des paroles engagées.
La RAIA ne donne pas dans la provocation comme leurs mentors. L'époque a changé !
Laissons le Noir aux BERUS, La RAIA,
c'est Rouge et Blanc... et ça du chien ; ça crie, ça
chante et ça aboie même et quand La RAIA aboie...les
convenances trépassent.
Ah les jeunes d'acht'heure
!
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Lille, Octobre 2004
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