IMPALED NAZARENE - LOUDBLAST

Lille, le Splendid,
le 15 mai 2004


Dur de se frayer un chemin dans cette foule de métalleux qui se pressent au bar en quête d'un ou plusieurs jus de houblon... A force de jouer des coudes, de recevoir quelques gouttes du précieux liquide jaune, me voici à la cahute où un précieux sésame m'attend. Précieux car ce soir, sans aucun doute, il y aura une fosse entre la scène et le public, un peu comme dans un zoo, où un fossé sépare les éléphants des glands qui veulent à tout prix leur refiler des cacahouètes périmées... La progression vers la salle se poursuit. je taille tel un Livingstone, ma voie à coups de excusez moi, de pieds écrasés et de bousculades. La descente s'avère ardue. Il y a des corps partout, ça fouette la sueur mélangée à plein de parfums allant de Poison à des effluves Tati à deux balles. S'ajoutent à cette cohue sans sens, des milliers de volutes de fumée créant un smog londonien difficile à pénétrer. La salle enfin. Apparemment j'ai fait le plus difficile ; elle se vide. Et pourquoi toute cette peine qui relève l'expédition Orénoque ? Pour le retour sur les planches du Splendid des LOUDBLAST qui clôturaient une soirée hautement métallique inaugurée par XXXXX (pas vu et ne me souviens plus du nom), prélude à IMPALED NAZARENE, eux mêmes créateurs d'enfer pour accueillir LOUDBLAST, un comble pour des black métalleux.

La salle du Splendid se traverse aisément pour peu que l'on se repère dans le brouillard ambiant qui tamise les lumières. Sur la scène dans le fond, on s'agite. Pour y accéder, on doit enjamber des groupes de 2/4 métalleux, tout de noir vêtus, cheveux si possible longs et tee shirt aux images fantasmagoriques couleurs flaschies soulignées de noms dignes d'un film d'horreur de série Z. L'agitation s'accroît sur la scène, des vociférations venues des petits groupes de men in black maintenant éclatés accompagnent l'arrivée des IMPALED NAZARENE nom en rapport avec l'idée singulière d'un Jésus, simple vampire, empalé et non crucifié (tous un doigt dans le . . . en guise de signe de croix ! – voir interview V. Lefrançois, 2002).

Nihilisme ! Nihilisme voilà leur maître(satanique)-mot. Une seule certitude au bout du compte : la mort. On pourrait s'attendre avec de tels mots d'ordre à une profusion de nappes de synthés lugubres survolées par une guitare bien noire et une voix d'outre tombe ; les IMPALED NAZARENE font à l'opposé dans un genre unique à leur yeux : le nuclear métal, un truc assez black mais ultra violent soutenu en puissance par des textes destructeurs où le néant, la guerre, satan et ses potes, tiennent la belle place. Débauche d'énormes sons, brutalité auditive, tumultes en tous genres et voix hurlante sur une section rythmique défonçant tout sur son passage, absence ou presque de lights de façade, le résultat était quelque peu inquiétant voire funeste pour un esprit qui tente encore de réfléchir. Les IMPALED NAZARENE se complaisent dans le métal extrême, le chaos, dans cette débauche sonique qui demande une réelle concentration et une grande force intérieure pour résister ! Sans doute la force destructrice s'est transmise avec une bonne partie du public vu les mines extatiques ! A se demander en voyant la réussite de cette noire communion si les IMPALED NAZARENE n'ont pas joué à Faust. Au moins, ils ont du essayer.

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Les incantations de Slutifer (alias Mika)deviennent aussi lourdes qu'une gueule de bois au martini quand ça remonte en surface ! J'en profite pour remonter aussi. Enfin, le soleil ! Un peu plus tard, la raréfaction de l'espace vital résultant de l'application de la loi bien connue des métalleux postulant que lorsqu'un quand un concert est fini, le premier réflexe du cerveau au passage souvent bien secoué, voire essoré, est de gagner le bar avant tout autre chose, annonce la dernière ligne droite. Il est temps de redescendre.

Un énorme LOUDBLAST tapisse le fond de la scène. Les deux griffons/dragons de la planet pandemonium. La lumière tombe, ne reste que le brouillard qui curieusement irradie d'une pâle lueur l'atmosphère. La foule s'emballe quand Hervé escalade sa batterie perchée en hauteur. Les trois autres arrivent et la puissance mécanique de LOUDBLAST se met en route. Se plaisant dans un death métal implacable ; le groupe martèle sans distinction toute velléité de résistance et très vite la salle n'obéit plus qu'à leur musique, vibrant toute entière sur les même fréquences. Jouant dans leurs terres, ces seigneurs du death ont vite fait de balayé les 666 lutins esplièges laissés par IMPALED NAZARENE, pour faire place nette sur ce qui va se transformer en planet pandemonium. Le Splendid est terra-formable ! Je l'ai vu et je ne suis pas le seul.

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Imparables, les skuds musicaux de LOUDBLAST laminent tout devant eux, nous entraînant à leur suite dans un laminoir sonique rythmé par des breaks plus incisifs et fous les uns des autres. Pas d'effet léché, pas de virtuosité exacerbée, pas de mimique à la guitar hero, les trois gratteux, le steph en tête s'emploient avec hargne à nous hacher copieusement tout en secouant leur crinière de vainqueurs aux rythmes de l'énorme machine à cogner, martelée par Hervé du haut de son perchoir. Le Steph bouge peu, contemplant satisfait le carnage. Jam et Alex vont et viennent, s'unissent pour mieux toiser la foule avec des regards en disant long sur leurs intentions : tiens prend ça ! Et des lignes aiguisées de basse charcutent en long et en large la salle tandis que des solos sortis d'un autre monde transpercent les plus résistants. Impossible de s'échapper, les pogos se déchaînent, les métalleux ne font plus qu'un avec la musique, l'individu a disparu, c'est la masse compacte et mouvante qui compte maintenant. Des corps éjectés de ce magma en fusion s'écrasent dans la fosse. Les LOUD contemplent avec un plaisir évident les résultats du pilonnage. Et pourtant, le public en redemande ; on en aimerait plus ! Mais... Tout à une fin. Le voyage de retour entre la planet pandemonium et le Splendid fut brutal. Des hurlements, une scène vide, des accolades et les lumières qui reviennent en force pour tenter de percer le brouillard. La tire m'attend, j'ai deux compacts flash à dégorger.


Frédéric Loridant
mai 2004

Frédéric Loridant ©2004