K-OZ OFFICE

LEGENDARY PINK DOTS


Bruxelles, le Botanique
le 2 avril 2004


Internet a du bon ! Un simple échange de mail avec Lisa des States, une amie proche d'Edward Ka-Spel et me voilà au Botanique à Bruxelles face à LEGENDARY PINK DOTS en chair et en os. Deux dates en Belgique seulement et une promo peu tournée vers la France où pourtant, Edward et ses acolytes en ont fait tomber plus d'un dans leurs univers torturés aux mille facettes colorées.

Le Botanique, c'est facile à trouver. Sur un plan, c'est au bout de l'avenue qui s'ouvre par une monstrueuse basilique aux dômes verts. C'était sans compter le tunnel qui bien sûr m'emmène au delà de mon point de chute ! Finalement quelques demi-tours plus tard et me voilà dans les sous sols du Botanique, dans une cave sous voûtes portées par imposants piliers de briques. La scène dessine un triptyque gothique. Coïncidence ?, les manteaux noirs ne se font pas rares. Le crépuscule gagne la cave. En profitant, K-OZ OFFICE viennent animer deux niches sur les trois avec un rock teinté années 80, nous ramenant dans des ambiances à la DEPECHE MODE dans une atmosphère un peu noire avec une voix bien grave, presque teutonique. Une chanteuse violoniste donne une touche de féminité à cette musique puissante et rythmée qui colle bien aux oreilles grâce aux nombreux flash back vers les 80's. La configuration de la scène a surtout mis en avant les deux chanteurs, le gratteux et la violoniste, le bassiste semblait un peu oublié dans sa niche malgré ses tentatives pour s'en libérer et le batteur collait vraiment au fond de la profonde alvéole voûtée. Malgré tout, le courant est bien passé entre la salle et le sanctuaire, il est vrai que peu les séparait.

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La batterie est démontée, rien ne vient la remplacer... Le triptyque semble bien vide, seule la niche de gauche est occupée par des claviers. Un micro survit au démontage et on lui adjoint un petit clavier. L'obscurité tombe, une lumière tamisée s'empare des piliers et des voûtes. Dans le triptyque, des silhouettes s'agitent alors que de puissantes vagues sonores envahissent le salle. La lumière rouge se propage ; les nappes de claviers mélangées aux samples et aux rythmes électroniques, la guitare qui semble arriver de nulle part et surtout les grondements des puissants instruments à vent, nous font plonger directement dans les mondes tortueux, froids et chauds à la fois, apaisant et angoissant en même temps, des LEGENDARY PINK DOTS et de son chanteur/poète mi moine-mi démon, l'énigmatique Edward Ka-Spel. L'accompagnant, le magique Silverman qui paraît vivre sur une autre planète, inventant des sonorités nouvelles avec ses claviers, explose la niche droite, l'espace qui lui tient d'univers terrestre. Dans son pendant gauche, l'ombre d'Erik Drost toute fine apparaissait un peu perdue au milieu des briques des piliers et de la voûte rouge. Noyé dans la couleur, absorbé par les textures doom-esques, seuls ses solos et ses riffs le matérialisaient et contrebalançaient les constructions sorties des doigts de Silverman. Au centre, là où ces deux mondes musicaux se mélangeaient, s'enlaçaient ou s'affrontaient, Niels et son souffle monstrueux qui exploite tous les atomes de ses cuivres et Edward, aux pieds nus et à la voix d'or, tenaient la place, centralisaient les regards et donnaient vie à ces maelströms soniques qui devenaient alors aussi beau que glacial, aussi bleu que rouge, aussi réel que fantastique. On chute dans une dimension où la violence absolue et la douceur se côtoient constamment, nous déstabilisant sans cesse. Les LEGENDARY PINK DOTS arrivent en quelques notes magiques à ouvrir toutes grandes les portes de leurs multiples univers, de leurs rêves ou plutôt ceux d'Edward, ces visions déjantées, psychédéliques ou futuriste dans lesquelles il est bon de se noyer et de se laisser emporter par leur musique qui touche autant les tripes que le siège de l'âme.

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The Way I Feel To Day) avec les atmosphères enfantées par VAN DER GRAAFT GENERATOR, période Still Life/World Record. Dans ces paysages désertiques ou luxuriants, la réalité se rappelle à nous ; Ka Spel avec des titres tout droit sortis des deux derniers albums, pleure presque la fragilité de l'avenir de notre bonne vieille terre si meurtrie par la bêtise. Les délires soniques éclatant dans le dernier morceau nous achève, on n'est plus qu'oeils et oreilles... L'apocalypse se dessine, au centre du tableau, Niels remplace à lui tout seul les sept trompettes, Edward chevauche, micro en avant, des paysages désolés teintés de bleu ou de violet quand ils ne se fondent pas dans les rouges. Dans les volets latéraux, ces niches sans fond, Silverman et Erik tissent une toile musicale de laquelle il est impossible de s'échapper. Une seule issue, la fin du concert... Le rouge disparaît, le triptyque, peinture sonore animée, laisse place à une scène, une alcôve. Les LEGENDARY PINK DOTS, leurs rêves et leurs mondes me manquent déjà.

Frédéric Loridant
avril 2004

Frédéric Loridant ©2004