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à
Lille, La Malterie
le 06 mars 2003.

Les barbares d'OPETH n'étaient qu'un anti pasti, juste un avant goût avant l'arrivée des véritables maîtres téléportés sans doute d'un futur pas si lointain que cela. Vendredi 7 mars 2003, dans la chapelle de la Malterie, la venue du SINGE BLANC fut presque une surprise et seuls quelques initiés du premier cercle étaient là pour boire leur musique tribale hypnotique et s'en emparer. Dans ce sanctuaire industriel se cachaient aussi les BËTES de SCENE*, prêtes à célébrer avec fracas le Génie du lieu avec moult libations et sacrifices.

Se résumant à un ensemble Bass and Drum (ou vice versa) mais très éloigné de ce genre musical, le SINGE BLANC et Les BËTES de SCENE ne connaissent pas d'autres langages que celui de la bonne basse 4 cordes et de la batterie. Ouvrant la cérémonie, invoquant sans doute quelques dieux infernaux, Le SINGE BLANC , trio sorti des brumes de l'Est, fait dans un rock qualifié par eux-même de "déconstructif" ! Sur la scène, une basse déjantée accompagne une batterie destructrice sur lesquelles vient se greffer, une autre basse traitée sans ménagement comme une gratte 6 cordes. Très efficace comme association et pas de doute que les incantations qui en sortent vont abreuver directement les dieux et les privilégiés qui assistaient à ces déferlantes continues, sorte de heavy MAGMA ou de UZ JSME DOMA version hard. Continuellement sur la brèche, ne prenant jamais de repos, provoquant voire choquant, le SINGE BLANC anticipe et explore de nouvelles frontières musicales, sans doute celles de demain, en pressurant, fusionnant et réinterprétant les grands styles de la musique, quelle soit populaire, classique ou moderne, romantique ou baroque. Finalement, c'est l'exubérance baroque qui colle le mieux à la musique du SINGE BLANC , on est toujours sur le qui vive, on est toujours surpris, on vibre… Les dieux sont sans doute contents…mais place aux libations, les fidèles doivent également communier.

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L'Heure est arrivée : la grande prêtresse et son prétorien barbare arrivent à l'autel. Les BËTES de SCENE comme ils aiment à se faire appeler, sont encore plus minimalistes que le SINGE BLANC : une basse, une batterie et quelques os de bestiaux. En tenue de chasseresse, EVE, une version féminine de LEMMY aux rondeurs Matisse-iennes, en deux pincements de cordes, donne la mesure et ARNAUD, clone d'un PHILTHY ANIMAL TAYLOR frappant sans relâche les peaux fines et tendues de ses fûts, la suit ou la précède, je ne sais plus. Pas besoin d'attendre la fin de la première prière pour voir s'effriter toutes nos certitudes. Comme le SINGE BLANC , les BËTES de SCENE qui n'usurpent pas leur nom, les remisent dans le gouffre de l'oubli. La puissance créatrice des seventies est revisitée, on y croise les standards type AC/DC / MOTORHEAD et aussi des sonorités plus rares, oubliées, presque archéologiques, à l'image des intros pompeuses mais grandioses et majestueuses puisées chez EMERSON, LAKE and PALMER pour ne citer qu'eux. Les constructions musicales en résultant participent puissamment à la mise en valeur de la grande prêteresse, cette superbe créature, syncrétisme entre le monde païen et la religion des bien pensants, mi-Diane mi-Eve pécheresse, source même de notre liberté. Son prétorien au faciès celte, cheveux mi-longs et barbe hirsute, armé de baguettes, servait admirablement cette musique, n'hésitant pas à pousser ses fûts aux extrêmes limites. La tension est à son comble, la transe gagne le public, des garçons se secouent, les filles ondulent lascivement sous le coups furieux de la basse et de la grosse caisse. Au fil de la cérémonie, les BËTES de SCENE finissent par ne plus échanger entre eux que par des grognements mystérieux ; les BËTES se lâchent, la symbiose est totale et une saine énergie envahit la Malterie. Plus besoin de libation pour épancher sa soif, on se nourrit de leur musique, on boit leurs paroles même si elles restent parfois obscures, même si elles se noient dans des vagues infinies du Drum and Bass sauce MORTORHEAD.

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Au milieu de la nuit, tout s'arrête. Le sablier du temps se remet à couler. Epuisées, les BËTES de SCENE posent leurs armes, rentrent leurs griffes et rangent leurs costumes cérémoniels avant de se fondent dans les fidèles pour communier une dernière fois avec eux. Le début du jour nouveau commence avec les libations… Le cycle est achevé.

* : BËTE avec des ¨ et non ^

Frédéric Loridant
mars 2003
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Frédéric Loridant ©2003