MONO


La cave aux Poètes, Roubaix,

le 31 mars 2004


MONO, pourquoi pas ! De plus ils sont nippons et ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de croiser des musiciens venus du soleil levant d'autant plus que la mode à Lille en ce moment, c'est Shanghai ! C'est la Cave aux Poètes qui s'est chargée de les recevoir pour un apéro concert qui a l'avantage de ne pas trop durer dans la nuit.

Les commentaires pêchés ici ou là, l'article dans la Voix du Nord qui citait même Lark's Tongue in Aspics de KING CRIMSON à propos de leur musique éveillaient encore plus ma curiosité sur ces rockeurs venus d'au delà les mers. Et pourtant, l'actualité musicale ne permettait pas, cette semaine, de multiplier les sorti... Mais... Vingt-heures 30, les cinq MONO prennent place : un batteur collé au mur du fond sous les regards des "esprits" de la Cave aux Poètes, un guitariste assis à droite, un second également assis à l'extrême gauche et une bassiste presque en tenue de soirée, jupe fendue, chemisier moulant coloré et sandales à haut talon, comblait le vide au centre. Pas de micro, c'est de l'instrumental. Pas de présentation non plus, ça commence direct après l'accordage des Fender. Tout débute calmement dans une lumière rouge japon obsédante qui ne quittera plus la scène. Le rouge fait partie du spectacle, elle donne chaleur aux premières mesures toutes en douceurs, profondes et incitant au recueillement. Sans tomber dans le lugubre noir, on est promené dans des ambiances feutrées, bleutées contrebalancées par ce rouge omni-présent qui met les cinq MONO sur le même plan même si on sens la prééminence d'un des deux guitaristes souvent épié par ses acolytes. Tout doucement, la musique s'envole, gagne en puissance, se fait hargneuse. Les guitares accentuent plus ou moins les textures, les noyant dans le flou ou à l'inverse, leur donnant une dureté presque mathématique, une forme anguleuse. Puis tout s'emballe, les guitares hurlent sans jamais tomber dans les riffs, elles tétanisent l'atmosphère qui se faisait de plus en plus opressante, font éclater l'orage tant attendu par les possesseurs d'Obao douche et les autres par la même occasion. Et voilà notre japonaise, toute fine et menue dans sa tenue de jeune fille bien sage, qui se transforme en furie, balançant sa 4 cordes autour d'elle, secouant la crinière dans tous les sens à l'instar de ses voisins mâles. Voici en quelques lignes le déroulement d'un morceau et tous au presque relevaient de cette architecture simple, on avance crescendo, pas à pas vers la tempête, peut-être vers la mort comme le suggère leur deuxième album, One Step More and You Die. Et pourtant, ça n'a rien de lassant pour peu qu'on se complaise dans des ambiances un peu space à la PORCUPINE TREE (d'avant son virage pop) mais surtout MONO collent aux sillons ouverts par les guitares brossées de SONIC YOUTH, s'approprient et recréent presque à l'identique, les mondes enfantés par GODSPEED YOU BLACK EMPEROR où brille encore l'étoile de SYD BARRET et du PINK FLOYD seventies. MONO jouent avec le déjà fait, le déjà entendu tout en se gardant des espaces de liberté où la furie côtoie la douceur et où les alizés se transforment en typhons le temps d'un battement d'aile de papillon… Le temps du battement d'un cil avant de replonger vers une douceur presque mélancolique. Tout cela pour arriver à un final explosif où l'on ne savait plus si le gratteux jouait des pédales ou de la guitare ? Belle chute, le soleil rouge se couche, se fond dans la fresque murale du fond et les lumières occidentales reviennent. Mes oreilles sifflent bien que le son fut exceptionnel ce soir dans l'antre des poètes.

















La fausse note ? Trop proches de GODSPEED diront des connaisseurs presque choqués par les ambiances coupées/collées, MONO les japonais ont quand même réussi à imprégner les murs de la Cave aux Poètes de ces atmosphères si particulières où certains aiment s'épancher, mais ce n'est pas la règle, d'autres les fuient restant fidèles aux précurseurs.
Frédéric Loridant
mars 2004

Frédéric Loridant ©2004