FORD PIER - NO MEANS NO

Le Grand Mix,

Tourcoing, le 4 novembre 2004

Non c'est Non ! Et bien si, les NO MEANS NO ont débarqué de leur Canada (Vancouver pour être plus précis) dans l'hexagone pour venir nous rappeler que le rock and roll pur, dur et sanglant est bien vivant et qu'il ne se résume pas à trois accords. Quoi de mieux comme ambassadeurs que ces vieux routards de la scène underground qui traînent leur baskets depuis au moins une vingtaine d'années. Et pour nous mettre en appétit, pour nous plonger de façon progressive dans la tuerie qui allait suivre, FORD PIER, un single guitariste qui a cloué la salle sur place.

Tout commence pour le mieux, les NO MEANS NO se sont paumés dans la France d'en Bas et comme ceux qui y sont, ils ont compris toute la difficulté d'en sortir. Prévus pour les balances à 17h00, ils installent péniblement leur matos à 20h40 et grattent quelques notes en guise de balance... largement suffisant pour ces vétérans du rock and roll qui connaissent leurs Marshall par coeur et savent habilement les mettre au pas... Surprenant tout le monde, un quidam armé d'une guitare jaune s'avance vers un micro, se frotte les paluches et attaque un truc indéfinissable qui dès les premières notes et sons sortis de sa gorge, fige toutes les bières et les conversations. C'est FORD PIER, un musicien bohème aux multiples influences brassant de la pop au punk avec comme cerise sur le gâteau, une putain de voix et un sens de la mélodie assez singulier. Du grand art, des trucs comme on en voit rarement et un feeling contagieux ! Et tout allant crescendo, il termina son set avec deux compères, un à la basse et l'autre, en la personne de John Wright, le batteur de NO MEANS NO sur des tempos lacérés de riffs faisant monter l'ambiance de plusieurs crans d'un coup. La zone rouge était atteinte, juste ce qu'attendaient les NO MEANS NO.

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Juste le temps pour les bières de reprendre leur état liquide naturel et voilà le trio canadien qui arrive. Et dès les premières notes alors que je m'escrimais à faire une mise au point sur l'alien de la basse de Rob Wright (le frère), la boucherie commença. Je dis boucherie car ce fut un vrai carnage et l'ambiance rouge qui a collé au set des NO MEANS NO tout le temps accentua encore l'impression. Les riffs jetés avec un plaisir sadique par Tom Holliston étaient affûtés comme des couteaux, la batterie s'était transformée en hachoir et la basse recherchait les meilleurs morceaux à découper, triturant nos oreilles sans ménagement. Leur tranchoir de prédilection : un monstre que je qualifierai de rock-punk-psychédélique, d'autres parlent de jazz-punk, de hardcore-punk and so on. Dans leur rock and roll démentiel, j'y ai retrouvé du DEVO, du ZAPPA, un bassiste au jeu proche d'Alan Davey et de Lemmy, des rythmes hypnotiques diaboliques et plein d'autres sons ravissant les oreilles ; le tout étant malaxé et traité avec la douceur d'un boucher psychopathe sous influence de produits illicites. Les NO MEANS NO rappellent par leur inventivité, leur créativité autant THE EX qu'UZ JSME DOMA (bien que ces groupes occupent un genre différent musicalement). Le carnage sonique ne donna pas la grosse tête à nos trois lascars. Au contraire, ils n'arrêtaient pas de se marrer, se promenaient, et discutaient tout en ayant le doigt sur le manche pour des démarrages fulgurants qui clouent sur place. Un premier rappel, puis un second et au bout de deux heures, NO MEANS NO nous abandonnent à nos folies ou plutôt à celles qu'ils ont installées (de gré) dans nos cerveaux liquéfiés.


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Ce fut frôle de retrouver le silence et de voir un public qui stagnait sur place ne sachant plus trop quoi faire. Pourtant le bar n'était qu'à quelques mètres. Rassurez vous, les bonnes habitudes ont vite repris le dessus surtout avec des NO MEANS NO et un FORD PIER accoudés au zinc !


Frédéric Loridant
Novembre 2004

Frédéric Loridant ©2004