O.S.N.I.


Lille, Le Détour, le 11 mars 2004


Plongée au fond d'une cave peu éclairée ce soir ! Et cette escapade souterraine pour revoir OSNI, cet objet sonore non identifié tout droit sorti du 6 2, qui allait découvrir les charmes de la cave du Détour. Et quelle cave ! Son sol carrelé se retrouverait bien dans une boucherie ou un laboratoire glauque quelconque ; la scène est réduite au strict minimum obligeant le groupe à jouer en rang d'oignons et les lights sont dignes d'une veillée funèbre. Et pour compléter le tableau, une sono qui aime autant les larsens que StephXXL aime montrer son ventre. Bref, dur pour les oreilles et pour la netteté, l'autofocus de ma boîte à image couinait à force de ramer. Mais on vu bien pire et le bar du dessus est bien accueillant !

Les spationautes d'OSNI n'étaient pas seuls, deux groupes acoustiques les précédaient, deux autres tendance pop/rock les suivaient. Faute de les avoir vus ou écoutés, je ne saurais en dire plus. Mais je l'avoue, la sonic-ologie m'attirait plus et voir OSNI dans des conditions difficiles, au fond de nulle part, était une expérience intéressante. Nos 4 gagarine de la zique atterrissent vers 22h30, se coincent tant bien que mal dans le recoin exigu qui fait office de scène : la batterie au fond pilotée par une reine d'un jour, lieutenant Naomi Power, les deux gratteux de pont, Matthieu Evil et Sébastien X Ray et leur clavier respectif au centre et en avant, presque seule devant la foule (hystérique ?) avec sans doute des raëliens, Wendy Peel, le cap'tain qui donnait de la voix. Le décollage fut chaotique, débauche de sons stridents, cris et hurlements, une attaque sonore en règle qui sans atteindre l'intemporel Sonic Attack d'HAWKWIND, donne le ton et pulvérise quelques spectateurs non avertis. Dans le fatras sonore où les larsens fusent comme des phaseurs dans Startreck, il apparaît que chacun tient bien sa place et que la progression du vaisseau n'est pas si chaotique que cela même si la jeunesse se ressent encore. Les OSNI oscillent constamment un jeu de va et vient entre des valeurs sûres su rock and roll et des accélérations distorsion 10 franchement punk. Ce meelting sonique dessine des compos oscillant entre le rock à la BIKINI MACHINE ou VEDETT et le punk rock féminin à la X SYNDICATE (pour ne citer que des groupes de qualité ultra connus dans la nébuleuse de la scène garage). Garage, voilà le maître mot. L'équipage d'OSNI se complaît dans ce genre, sans se crasher dans une pâle copie de celui de Détroit, dans une version européenne où le brouillon keupons peut devenir une couche à part entière qui se superpose aux accords basiques qui font le charme du rock garage européen avec une pointe de délire qui déchire.

















Si le cap'tain et son lieutenant restent assez sobres (et je le déplore), les hommes de pont frottent leur espace du sol au plafond se contorsionnant à terre ou grattant les voûtains de la cave avec leur manche. Mais rien de sexuel, ces choses là restent l'apanage de la hiérarchie qui s'en est donné à cœur joie et à gorge déployées avec un final au refrain racoleur : le Do you want to be my enemy hurlé par Wendy et Loana sur fond de guitares déchirées, larsenisées et explosées, doit encore raisonner dans les oreilles d'une paire de mâles en recherche de plaisir...
...auditif bien sûr...
Frédéric Loridant
mars 2004

Frédéric Loridant ©2004