JUP'SHORT, The LAST UNDER THE SUN, SENSA YUMA

Urban Chaos

Lille, le 8 septembre 2004

Le chaos urbain à Lille ! Quel passant flânant sous le soleil couchant aurait pu imaginer que derrière la face, il est vrai, une peu austère du xx de la rue des postes, que le chaos avait envahi Lille. L'Urban Chaos porte bien son nom. A l'origine 2 groupes mais 3 étaient inscrits sur l'ardoise : les JUP' SHORT, des skeuds lillois et deux combos anglais, The LAST UNDER THE SUN et les bêtes de scène SENSA YUMA. Le chaos flirtait avec l'enfer ; la température intérieure approchait celle d'un sauna et ça fleurait bon le mâle. Puissance et énergie brutes étaient au rendez-vous, la zique aussi.

Les JUP' SHORT ! Je les avaient déjà croisés dans le même lieu et dans une ambiance saharienne entraînant une disparition éclair des tickets boissons, précieux avantages donnés aux groupes pour s'éclaircir la voix. Sans doute, la chaleur et cet affreux sentiment que les tickets bibines étaient épuisés, avaient donné un vague à l'âme au bassiste, le laissant à la traîne de leur punk rock ou rock punk incisif et bien chaud.

cliquer sur l'image - click on the pic



Un mois après, la cohésion presque totale, une symbiose presque atteinte par des JUP' SHORT en pleine forme. Je dis " presque " car manquait leur chanteur qui avait marqué leur premier concert. C'est le gratteux et le sax qui s'y collèrent, paroles à la main pour le second ! En plus de leur rock and roll bien balancé avec une basse bien ronflante, la grande force des JUP' SHORT vient de l'emploi d'un alien du sax, s'affranchissant des riffs pour venir planer en free au dessus des attaques soniques sorties des Marshall. Et derrière, le batteur, pas en reste, s'excitait devant une poupée à crête. La soirée s'annonçait bien avec ces JUP' SHORT bien montés selon eux, ils n'ont pas arrêté de la clamer haut et fort. On ne peut les croire que sur parole... Moralité : même bien montés, vaut mieux leur filer les tickets bibines APRES le concert.

La suite fut royale. Non pas parce que les deux groupes qui suivaient, LAST UNDER THE SUN et SENSA YUMA, viennent de chez Elisabeth II, belle mère de feu Lady Di, mais parce qu'on atteint des sommets dans la décadence. L'ambiance voyageait dans le temps ; on n'était plus à Lille à l'Urban au XXIème s. mais à Londres en 76 au 100 Club. Les gens, crêtés ou non, les bières à la main, les tatouages, ces décor de corps souvent furieux, les filles, le lieu même donnaient la vie à cette ambiance. Les LAST UNDER THE SUN allaient sonoriser l'atmosphère.

cliquer sur l'image - click on the pic



Le trio prend place, quelques essais de sonos et une douce mélodie teinté de pop s'élève. La guitare délicatement chatouillée nous ramène vers des sons peu habituels à l'Urban ! La voix aussi. Étonnement des présents !!! Bizarre... et ça semble durer quand tout à coup, sans crier gare, l'explosion, l'effet de souffle, le démarrage sur les chapeaux de roues, le tremblement de terre. The LAST UNDER THE SUN ne font pas dans la guimauve californienne, ni dans la zique pour seins siliconés poussant sur des plages hawaiiennes, The LAST UNDER THE SUN colle à une trame rock indé, de furieux riffs punks balancés à toute vitesse, balafrant les trames mélodiques sous-jacentes, leur donnant une nouvelle identité. Du punk rock déjanté voire space avec le sax des JUP' SHORT à la française, nous voilà baignant par drapeau rouge dans les vagues d'un punk rock mélodique purement urbain, venant du centre de l'UK, là où mer, club, gros seins et cocotiers sont remplacés par des bassins de décantation, des usines et des cheminées. Pour les filles, sûr que celles traînant dans les caves/clubs pour vibrer au son des LAST UNDER THE SUN sont plus attirantes que les barbies d'Alerte à Malibu.

La chaleur est montée de plusieurs crans. Le bar ne désemplit plus. Dans la salle, on est devenus conducteurs de chaudière dans une teinturerie. Seules les pelles à charbon manquaient. Le quidam est moite, colle, sent le fauve, la bière et la fumée, attend en s'imprégnant des effluves.

cliquer sur l'image - click on the pic



Les SENSA YUMA arrivent enfin. Et là, on devine de suite que l'on a affaire à de vieux briscards des planches, des bête rompues à l'art difficile de la scène. " Vieux " groupe formé au début des 80, reformé en 88 avec des anciens des GBH, SENSA YUMA fait dans un old punk super efficace qui accroche tout de suite qui se fixe aux oreilles comme une sangsue, aspirant le reste de raison que les JUP' SHORT et The LAST UNDER THE SUN n'avaient pas explosé. Chaque titre est fait mouche et malgré le climat industriel qui règne, les pogo ravageurs ne cessent pas. C'est le chaos, SENSA YUMA fuck the governement hurlent-ils à l'image des LAST UNDER THE SUN une demi-heure plus tôt d'ailleurs. L'enfer pointe le bout de son nez, les lumières jaune et rouge écrasantes y sont pour beaucoup et au milieu de la scène, un diable à crête rouge se démène ne laissant aucun répit aux damnés qui prennent leur pied, ni aux photographes qui tentaient de voler au milieu des corps qui s'agitaient dans tous les sens, quelques "fragments de concerts"... Hein Beno !


Frédéric Loridant
Septembre 2004

Frédéric Loridant ©2004