Mil neuf cent soixante dix-sept, c'était avec la poignée de gaz de la mob dans le coin que l'on se dirigeait sous
une pluie fine vers la MJC de l'Epidème à Tourcoing, cette maison folie qui n'en portait pas encore le nom, pour un
concert de STOCKS (SURFACE à l'époque ?), le groupe de référence des jeunes rockeux que nous étions. Les amplis à fond, le look très
sage du batteur qui caressait sa caisse claire, le bassiste à la chevelure blonde longue et épaisse secouée dans tous
les sens et le guitariste virtuose aux mimiques empruntées à ZZ TOP et autres combos venus du sud des Etats-Unis,
nous laissait pantois avec leur rock brut de fonderie qui tranchait sur les pompeux anglo-saxons d'alors ; 1977 fut aussi
l'année de la révolution punk, la rébellion couvait.
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Mil neuf cent quatre vingt deux, le palais Saint Sauveur à Lille explose sous la poussée d'un public venu en masse pour
voir STOCKS. Il en profite pour en sortir un album mémorable à plusieurs points de vue. D'une part c'est le
premier album de ce groupe de rock nordiste et d'autre part, c'est un live, un enregistré en public, ce brut de fonderie
qui nous replonge direct dans les MJC de la métropole. Pari osé sans doute, pari réussi, c'est sûr. Ce fut un beau cadeau
de Christophe Marquilly et sa bande à un public qui l'a toujours soutenu et qui participe par ses cris au vinyl magique
qui propulsa STOCKS dans une dimension internationale.
Cinq juin 2004, la Maison de la Musique de Comines, le Nautilys, est sold out ! Plus de vingt ans après, STOCKS
se produit avec un paquet de guest star et non de moindres. Soirée anniversaire ? Sans doute. Un an auparavant
à un mois près, le groupe ouvrait devant plus de 30 000 spectateurs à Villeneuve d'Ascq la folle soirée Johnny et leur
rock and roll bien calibré aux riffs et refrains efficaces en a fait frémir plus d'un pourtant venu pour sa star adulée.
Entre temps, la carrière de STOCKS connut des hauts comme leur tournée avec ZZ Top aux States, des bas laissant
croire que la formation avait explosé jusqu'à ce jour de 1997 où l'on a vu réapparaître un STOCKS en pleine forme
assurant la première partie de TRUST au Zénith. Le STOCKS 3 enregistré à Tourcoing s'annonçait. La tournée
Johnny aussi.
Ce retour en fanfare au Nautilys d'un groupe consacré par l'épisode Stadium Nord en juillet dernier sonnait-il un
rassemblement d'anciens combattants ? Manifestation qui n'aurait pas dénoté dans le contexte actuel. Et bien tout au
contraire, on a assisté à un rendez vous des fans de toujours dont une partie a troqué sa longue chevelure de hard
rockeux en tonsure monacale ! Mais ils avaient amené leur descendance et leurs amis pour (re)découvrir ce bon vieux
rock sudiste, nordiste par naissance ; celui craché par les vieilles galettes 33t précieusement conservées. Et bien, ils
ont été servis les jeunes et les moins jeunes aussi par un set digne de chefs d'Etat. Plus d'une vingtaine de morceaux
plus forts les uns que les autres s'étalant sur près de deux heures ont fait battre les cœurs et les pieds du public
présent. Pour pimenter l'ensemble, les STOCKS, Marquilly, Bobby et Willcox avaient convié des invités de marque,
Franck Seynave, le batteur du live de 1982 venu taquiner l'officiel Bobby du bout de ses baguettes, Nono, l'exécuteur des
riffs de TRUST, producteur à l'occasion de titres de STOCKS, Daran et Arzel offrant des morceaux plus
intimistes à la gratte sèche destinés sans doute à reposer les fans en sueur. Car de la sueur il en a coulée ce soir
au Nautilys, de la bière aussi, chacun attendant le moment fatidique du rendez vous de minuit au bistrot de Suzy avec...
Mais auparavant, place au rock and roll et aux hits qui s'enfilent sans relâche. Hey Joe, Fallait que j'te
dise, des perles comme Cocaïne ou l'immense La Grange, prélude à Suzy, ce tube tant attendu,
fatidique, retracent plus de 25 ans de planches. A quelques minutes de minuit, deux batteries, trois guitares, une basse
et deux chanteurs attaquent Suzy. Ce n'est pas tous les jours que l'on voit un tel rassemblement sur scène
glorifiant non pas les libérateurs de la France, mais une Suzy toujours aguicheuse, swinguant sans arrêt et qui
n' a pris aucune ride ! On en veut encore mais on ne sait s'il s'agit de Suzy ou du rock and roll STOCKS !
Marquilly et sa bande ou plutôt sa tribu nous font aimer les deux*.
* : texte de ma contribution à la Voix du Nord, édition Tourcoing-Lys, du 7 juin 2004.