STOCKS

Comines, Le Nautilys,
le 5 juin 2004


Mil neuf cent soixante dix-sept, c'était avec la poignée de gaz de la mob dans le coin que l'on se dirigeait sous une pluie fine vers la MJC de l'Epidème à Tourcoing, cette maison folie qui n'en portait pas encore le nom, pour un concert de STOCKS (SURFACE à l'époque ?), le groupe de référence des jeunes rockeux que nous étions. Les amplis à fond, le look très sage du batteur qui caressait sa caisse claire, le bassiste à la chevelure blonde longue et épaisse secouée dans tous les sens et le guitariste virtuose aux mimiques empruntées à ZZ TOP et autres combos venus du sud des Etats-Unis, nous laissait pantois avec leur rock brut de fonderie qui tranchait sur les pompeux anglo-saxons d'alors ; 1977 fut aussi l'année de la révolution punk, la rébellion couvait.

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Mil neuf cent quatre vingt deux, le palais Saint Sauveur à Lille explose sous la poussée d'un public venu en masse pour voir STOCKS. Il en profite pour en sortir un album mémorable à plusieurs points de vue. D'une part c'est le premier album de ce groupe de rock nordiste et d'autre part, c'est un live, un enregistré en public, ce brut de fonderie qui nous replonge direct dans les MJC de la métropole. Pari osé sans doute, pari réussi, c'est sûr. Ce fut un beau cadeau de Christophe Marquilly et sa bande à un public qui l'a toujours soutenu et qui participe par ses cris au vinyl magique qui propulsa STOCKS dans une dimension internationale.



Cinq juin 2004, la Maison de la Musique de Comines, le Nautilys, est sold out ! Plus de vingt ans après, STOCKS se produit avec un paquet de guest star et non de moindres. Soirée anniversaire ? Sans doute. Un an auparavant à un mois près, le groupe ouvrait devant plus de 30 000 spectateurs à Villeneuve d'Ascq la folle soirée Johnny et leur rock and roll bien calibré aux riffs et refrains efficaces en a fait frémir plus d'un pourtant venu pour sa star adulée. Entre temps, la carrière de STOCKS connut des hauts comme leur tournée avec ZZ Top aux States, des bas laissant croire que la formation avait explosé jusqu'à ce jour de 1997 où l'on a vu réapparaître un STOCKS en pleine forme assurant la première partie de TRUST au Zénith. Le STOCKS 3 enregistré à Tourcoing s'annonçait. La tournée Johnny aussi.





Ce retour en fanfare au Nautilys d'un groupe consacré par l'épisode Stadium Nord en juillet dernier sonnait-il un rassemblement d'anciens combattants ? Manifestation qui n'aurait pas dénoté dans le contexte actuel. Et bien tout au contraire, on a assisté à un rendez vous des fans de toujours dont une partie a troqué sa longue chevelure de hard rockeux en tonsure monacale ! Mais ils avaient amené leur descendance et leurs amis pour (re)découvrir ce bon vieux rock sudiste, nordiste par naissance ; celui craché par les vieilles galettes 33t précieusement conservées. Et bien, ils ont été servis les jeunes et les moins jeunes aussi par un set digne de chefs d'Etat. Plus d'une vingtaine de morceaux plus forts les uns que les autres s'étalant sur près de deux heures ont fait battre les cœurs et les pieds du public présent. Pour pimenter l'ensemble, les STOCKS, Marquilly, Bobby et Willcox avaient convié des invités de marque, Franck Seynave, le batteur du live de 1982 venu taquiner l'officiel Bobby du bout de ses baguettes, Nono, l'exécuteur des riffs de TRUST, producteur à l'occasion de titres de STOCKS, Daran et Arzel offrant des morceaux plus intimistes à la gratte sèche destinés sans doute à reposer les fans en sueur. Car de la sueur il en a coulée ce soir au Nautilys, de la bière aussi, chacun attendant le moment fatidique du rendez vous de minuit au bistrot de Suzy avec...





Mais auparavant, place au rock and roll et aux hits qui s'enfilent sans relâche. Hey Joe, Fallait que j'te dise, des perles comme Cocaïne ou l'immense La Grange, prélude à Suzy, ce tube tant attendu, fatidique, retracent plus de 25 ans de planches. A quelques minutes de minuit, deux batteries, trois guitares, une basse et deux chanteurs attaquent Suzy. Ce n'est pas tous les jours que l'on voit un tel rassemblement sur scène glorifiant non pas les libérateurs de la France, mais une Suzy toujours aguicheuse, swinguant sans arrêt et qui n' a pris aucune ride ! On en veut encore mais on ne sait s'il s'agit de Suzy ou du rock and roll STOCKS ! Marquilly et sa bande ou plutôt sa tribu nous font aimer les deux*.

* : texte de ma contribution à la Voix du Nord, édition Tourcoing-Lys, du 7 juin 2004.
Frédéric Loridant
juin 2004

Frédéric Loridant ©2004