NERVOUS CHILLIN - UK SUBS


la Cave aux Poètes
Roubaix le 23 février 2004


La mode est à la semaine : il y a la semaine du blanc, du goût, de la bagnole moins chère etc Le marketing qui nous prend pour des bœufs, sait y faire, des semaines exceptionnelles, on en a plein les boîtes aux lettres. Mais il manquait la Semaine, la seule qui présente un intérêt nouveau et qui ne pollue pas nos boîtes : la Semaine du Punk. Existe t-elle vraiment ? En tout cas des flyers circulaient et cette 9ème semaine de 2004, celle du mercredi des cendres s'ouvrait avec les UK SUBS et les NERVOUS CHILLIN à la Cave aux Poètes pour se terminer par le PRESTO PUNK Festival. Du rarement vu à Lille ! Surtout que cette semaine du punk avait été précédée dès le vendredi dans cette même cave avec des basques déjantés, FERMIN MUGURUZA KONTRABANDA (à voir sur Fragments de Concerts) et à la PizzaSoleil avec les Lyonnais de BANANAS at the AUDIENCE et de KABU KI BUDDAH (cf Photorock) ! Belle concentration de concerts de qualité qui prouve un renouveau sans pareil des musiques souterraines fortement amplifiées.

NERVOUS CHILLIN ouvre le bal des maudits face à une assemblée de keupons visiblement en forme et prêts à manifester leur bonne humeur en masse malgré l'exiguïté du lieu et des plafonds bas, sans doute trop bas pour certains crânes… NERVOUS CHILLIN appartient à cette nouvelle forme du punk rock où le chant gagne en importance sans doute sous l'influence du hip hop et d'ailleurs le chanteur a une dégaine et une attitude très "néo" arpentant la scène en long et en large, ne manquait que la casquette vissée à l'envers à la place du bonnet. Fusion des styles mais pas fusion des genres ! NERVOUS CHILLIN font dans un bon punk rock bien binaire qui sent le RANCID à plein nez. Les musicos livrent du brut de décoffrage sur lequel le chanteur peut s'épandre généreusement. Au final, les compos où la voix a une grande importance se suffisent presque à elles-mêmes tout en se raccrochant aux bases solides venues du siècle dernier sur lesquelles elles reposent. Les énergiques NERVOUS CHILLIN furent un bon antipatis accompagné il est vrai de nombreuses bières qui ajoutaient à l'ambiance.

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On parle souvent de dinosaures quand on évoque les groupes de prog, GENESIS, YES et consorts ou encore les STONES, que dire de UK SUBS, bien plus jeunes que ces témoins des 70's (early bien sûr) ? Des UK SUBS d'origine, ceux des la fin des 70's qui ont traînés sur la scène punk londonienne qui a fait si peur aux bourgeois, il reste au moins Charlie HARPER, heureux quinquagénaire toujours prêt à se curer le nez ou à faire un fuck bien appuyé trouvant cela drôle accompagné du bassiste et du gratteux si je ne me trompe pas. Pas de doute, Charlie le doyen des punks en activité est un heureux espiègle qui cache une redoutable bête de scène. En deux temps et trois mouvements, limités certes, Charlie n'est pas Michael JACKSON, la salle entière pogote sous son regard amusé et tel une Walkyrie mâle, il réveille à coup de harangues vocales, les danseuses et danseurs étoiles exténués à force de sauter dans une ambiance tropicale qui appelait plutôt le tahiti douche que des sarabandes effrénées. Et pour maintenir la pression, UK SUBS ne font pas de minauderie. Entre 2 voire 3 bières, ils balancent à toute volée des morceaux concis et très rapides un peu à la RAMONES et plus généralement à la punk 77/80 parfois teinté de CLASH avec des refrains qui s'imprègnent même dans les cerveaux les plus imbibés, ceci donnant de mémorables parties de chant de la part de certains sous l'œil mutin et satisfait de Charlie HARPER. Ces giclées tiennent de la vraiment de la performance aux rares arrêts, Charlie, hilare, balançait 3 mots de français entre 2 gorgées de mousse. Derrière lui, le batteur au beau tee-shirt semblait parfois souffrir mais prenait visiblement son pied à passer d'un titre à l'autre sans pause entraînant malgré eux ses congénères. Le gratteux n'ayant pas la possibilité de prendre de la hauteur, tentait des grands écarts lors de solos périlleux et le bassiste balançait sa basse dans la tronche des plus hardis comme un guerrier se frayant un passage à force de moulinets de massue. Coincé entre scène et salle, j'ai tenté d'éviter ces manches qui volaient bas mais aussi les tentatives de passages en force des furieux qui s'explosaient derrière en les bloquant avec le dos. Mes côtes s'en souviennent !

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Dans le monde des dinosaures, on serait tenté de classer UK SUBS dans la famille des tyrannosaures au premier abord, mais je pencherais plutôt pour un de ces premiers mammifères qui se nourrissaient des œufs de dinosaures, de ceux qui ont traversé les temps obscurs et qui se complaisent encore aujourd'hui dans nos bonnes vieilles caves. C'est indestructible la chienlit… Enfin, le choc des génération n'a pas eu lieu et portant, Charlie aurait pu être le père d'une paire de fans présents ; cela confirme un papier paru dans Presto (mars 2004) sous la plume de Schnaps sur les pseudo conflits de génération entre keupons jeunes et keupons vieux sous entendus par un jeune groupe aux idées marquées et sans doute un peu parano, les UK SUBS ont bien montré ce soir que si ça sonne bien, il n'y a pas de souci à se faire, on fait mouche à coup sûr et le public ferré alors sans peine, s'abandonne entier aux bonnes vibrations qu'il soit jeune ou vieux.

Frédéric Loridant
février 2004

Frédéric Loridant ©2004