TRASH et TRADITION
Les BETES de SCENE - VEDETT


La Cave aux Poètes

le 23 décembre 2003


Aprés les MAXIMUM KOUETTE et elles en font le maximum, nous voilà plongé dans la jungle urbaine roubaisienne où les arbres poussent à l'envers (c'est une culture Lille 2004, z'auraient mieux fait de planter Marie-Jeanne) et où des drôles de bêtes vous attendent au coin des cavess. Certaines espèces ne m'étaient pas inconnues et c'est avec un plaisir évident que j'observais, chassais et vampirisais avec mon grand angle, les BETES de SCENES, sorte de croisement sonore réussi entre Tarzan, une féline, un homme de Cro-Magon, une basse et une batterie. Ma traque fut bonne, mon tableau de chasse peut s'enorgueillir de nouveaux trophées épinglés sur Photorock en la personne d'EVE et d'ARNO, le binôme sonico/metallo/keupon/hardcorien formant les BETES de SCENES, qui en guise de petit déjeuner vous ass�nent une telle quantité de coups de massue et de griffes qu'on en réchappe difficilement indemne au moins sur le plan des neurones.

Mais avant d'en arriver là, TRASH et TRADITION s'est chargé à sa façon, de nous rappeler quelques grands principes de la vie en les développant au chant et au piano dans la grande tradition de la chanson de cabaret française (il y aurait un Ange Bleu, j'aurais pu mettre européenne, mais, pas d'ange). Sans doute je me trouvais dans l'ultime lieu civilisé avant la jungle impitoyable. Un vrai retour au temps des colonies, le bar enfumé et la forêt primaire toute proche, des grondements d'ailleurs se font entendre. Les bêtes rôdent... je suis devenu Franck, grand chasseur de fauves.

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L'attaque fut brutale. Larsens, roulements de toms et nous voilà dans de beaux draps, la couette c'était la veille. Un TOUCAN s'envole, les fauves rugissent, la forêt suspendue se tait. Tout le monde est sur ses gardes, je scrute l'ennemi caché derrière ma boîte à images. Elle enregistre. Machinalement, mon doigt presse la détente. Rafales, je croque une véritable figure mythologique, une sorte de Sphinx blond à la robe panthère bien campé sur ses talons, armé de crocs blancs et d'une 4 cordes. Non loin, tapi dans l'obscurité, un guerrier barbare frappait comme une brute la pauvre batterie qui se trouvait là par hasard (ce n'est quand même par très courant, une batterie dans la jungle tout comme d'ailleurs une sauvageonne en robe mouchetée), soufflait comme un buffle en pleine charge, marquait son territoire de sa sueur interdisant à quiconque d'approcher. Les riffs et les cris de grosse caisses se suivent, s'interpellent. Le TOUCAN a disparu, peut-être croqué. Place à une PIN UP, délicieuse vision fugace dans cet enfer vert et brun. Surtout brun. En arrivent pleins d'autres, tous aussi puissants les uns que les autres. Le barbare est luisant de sueur, la femme tigresse chante son TIGRE, l'encense et nous parle d'oursins polonais ! Quid ? Dans quoi suis tombé ? Mon doigt appuie toujours, fixant des regards, des crinières en folie et des postures lascives de féline. Des ronronnements de plaisir coupent parfois les hurlements, des sourires transfigurent la tigresse, le guerrier a soif, la tigresse aussi. On en profite pour mieux se placer. Le thermomètre fait encore un bon ; je fonds, des aurroles se dessinent, je colle. Et c'est reparti, la trêve fut de courte durée mais l'orée de la jungle se dessine, la tigresse devient femme, nous emmène avec elle partager son PETIT DEJEUNER, je revis et shoote toujours. Après deux trois soubresauts, ultimes sursauts de liberté, les BETES de SCENES s'adoucissent, on peut enfin les approcher. J'ose. Je les frôle. Je suis épuisé.

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Impossible de retrouver le cabaret. A défaut de mater un ange bleu aux courbes harmonieuses, je tombe sur des baladins contant l'air du temps dans une pure TRADITION TRASH. Doux intermède avant l'invasion des VEDETT.

Trois, ils ne sont que trois et ils osent venir ravir la VEDETTe aux BETES de SCENES. Ce n'était qu'une fausse impression. On est toujours dans la jungle mais à défaut de voir une tigresse et un barbare, nous voilà face à des chercheurs de sons prêts à tout pour défricher des nouvelles pistes du rock and roll. Les trois lascars de VEDETT, à l'image de la mère Denis qui maniait en confiance son battoir, savent se servir de leur instruments et en tirent le maximum, tordant les cordes de guitares et faisant hurler les peaux de la batterie. Les titres qui dépassent allégrement les trois minutes auxquelles les keupons m'avaient habitués depuis un certain temps, se présentent sous la forme classique comme tout morceau de rock and roll qui se respecte, mais au bout de quelques secondes, un truc non identifié, un OSNI (d'ailleurs, ils étaient là) vient perturber le bon déroulement de la quête du RandR absolu. Ca dérape, ça s'emballe, ça part dans tous les sens. On quitte la highway du rock and roll, cette trans-amazonienne de la musique, largement défrichée et piétinée, pour s'engouffre dans les taillis avant d'ouvrir de nouveaux passage dans la forêt où le danger est de tous les instants. Les machettes soniques frappent juste, les riffs tranchent net et les roulements effrénés dament parfaitement le chemin. Et VEDETT ne fait pas le boulot à moitié, c'est carré et malgré le sentiment que tout part dans tous les sens, que toutes les explorations individuelles sont possibles, le collectif prime. A la différence des maoïstes, ils sont à trois, se dirigent à trois dans la même direction et ne se scindent pas en sous sections bruyantes et inefficaces.

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Je suis toujours armé. La gâchette facile, je tente de les aligner. L'ambiance est crépusculaire; même le 1600 asa peine. Mais l'attente a du bon, les trophées s'alignent... Malgré mes oreilles bourdonnantes envahies et mises à mal par des cris d'une tigresse hystérique, j'arrive à les suivre dans leur exploration de la forêt rock and rollienne où tant se perde. Je suis les étoiles, c'est l'épiphanie. A l'horizon, une lueur apparaît. La sortie se profile... Encore quelques heures avant le PETIT DEJEUNER, j'ai l'impression que les BETES de SCENES r�dent encore.

Fred Loridant
Décembre 2003

Fred Loridant ©2003


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