YELLOW EYES

In Memoriam Le Balatum

Lille, le 26 septembre 2004



YELLOW EYES au Balatum ! Et pour le dernier concert du lieu. Ce nom aurait sans nul doute attiré Bob Morane et Bill Ballantine, couple qui n'aurait pas dénoté dans le quartier et surtout qui aime à venir se frotter avec l'homme aux yeux jaunes, Mister Ming. Et bien, malgré la fin du Balatum, malgré la matérialisation supposée dans cette cave de l'Ombre jaune, peu de Bob, de Bill et de Sophia ont osé venir affronter le rock décadent des YELLOW EYES.

Les premiers descendus dans le pénombre de la cave ont poussé une soupir de soulagement. Face à aux, ce n'était pas l'ombre jaune mais un trio armé d'instruments. Des amplis dont un orange de 71 ronflaient déjà, la température de fonctionnement étant atteinte. Face à des défenseurs du monde libre tenant plus de l'escouade que de l'armée, les YELLOW EYES en profitèrent pour attaquer très forts avec des fusées plus proches de la Longue Marche que des Sam2 peu efficaces. Faisant dans un rock très rapide, voire speed à consonance ricaine mais avec ce côté décadent que seul l'ancien monde sait manier pour fixer l'attention, les compos bien longues ou plutôt longues à souhait, offraient des ouvertures hardies, voire osées face à un public plus punk que métalleux dont la plupart s'était déjà explosé les oreilles la veille avec ASHTONES et GEE STRINGS. Le gratteux à chevelure métalleux, s'envolait ses ses solos directement issus du monde du hard rock américain, voire du métal. Les rythmes déjantés balancés par ses deux acolytes les empêchaient de tomber dans la niaiserie métalleuse qui colonise trop souvent les radios ou les cd des tabloïds musicaux que l'on trouve dans toutes les librairies. YELLOW EYES ne font pas dans le punk mais le traitement infligé à leur hard/métal est punk. La longueur de leur compos n'est absolument pas keupons mais les explosions soniques qui les ponctuent le sont. L'histoire aurait pu s'arrêter là mais l'Ombre Jaune veillait. Et pas de Bob, ni de Bill à l'horizon. D'ailleurs on n'en voulait pas, on en voulait plus, c'est trop bon.

Belle fin pour le Balatum, ce fut un enterrement au moins que le plan de la qualité, de première classe. Sur le plan de la fréquentation, on a eu l'impression que le Balatum était déjà bien enterré pour une bonne partie de la population des concerts lillois. Mais l'espoir de voir les YELLOW EYES briller de nouveau dans la nuit, hante déjà le monde souterrain de Lille. Mister Ming s'y emploiera, j'en suis sûr.













Septembre 2004

Frédéric Loridant ©2004